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Nov 14, 2008

Atmosphère.

Le ciel est bas aujourd’hui, et la brume lourde.

Nulle diérèse dans cet air blanc, ces nappes de velours sans consistance mais qui pèsent sur les paupières – une lassitude qui s’infiltre inconsciemment dans les interstices des briques et dessine des tatouages invisibles sur la peau. Le blanc joue au paradoxe : il aplanit tout, réduisant les volumes à une surface en deux dimensions, faisant ressortir les détails des contours, mais les contours des feuilles ne semblent que mieux se fondre dans le blanc qui les enveloppe, les lignes brisées des toits ne semblent que mieux reprendre en volume, dépliant leurs carreaux et leur zinc – on croirait qu’il vient de neiger.

L’arbre est entièrement dépouillé, à l’exception de quelques feuilles qui résistent, d’un vert de printemps si tendre, si translucide, si diaphane qu’elles ne tarderont pas à céder à leur tour.

J’aurais voulu faire dans le minimalisme, comme cet arbre dans la cour grillagée, entre le château d’eau et les bâtiments délabrés, dont la pierre se laisse ronger par les mauvaises herbes.


Je maîtrise déjà le souffle, et les temps de silence. Le mystique a toujours ses heures. Je pars à présent sonner les vêpres du carnaval d'automne, celui organisé pour les choses qu'on laisse sur le côté de la route pour aller plus vite.

Nov 12, 2008

accrocs

une khôlle de philosophie géniale ('faut-il gouverner à vue pour être un bon politique?') - résultat: on se sent tout de suite un peu plus révigorée un peu plus prête à repartir...

et khôlle de géographie - le prof, cassant? non - il suffit de jouer la carte de 'je ressors la conférence de l'année dernière dont le prof pensait qu'on ne se souviendrait plus' ... (et de gérer le temps correctement mais ça c'est une autre question)

on n'avait besoin que de ça. surtout que les bâches accumulées commençaient à plomber le moral. il reste encore des points d'ombre des angoisses mais il faisait si beau aujourd'hui une magnifique journée d'automne. et l'église de valenciennes maintenant qu'elle est rénovée est si blanche contre les nuages.

les projets d'aller au musée juste à côté du lycée après les cours pour regarder. et demain - lille et tartuffe. on reviendra tard mais on aura sûrement gagné une balade entre amies lille la nuit peut-être un panini et la possibilité de voir les étoiles à 11h du soir.

tant pis pour la salsa. les illusions tombent moins douloureusement ce soir comme les feuilles par la fenêtre. les feuilles noires contre un ciel plus sombre encore mais profondèment vivant. la pluie de l'autre côté de la vitre la pluie bleue des crépuscules est toujours belle. elle enseigne la patience l'attente. tout ça pour glaner un sourire, un coup d'oeil. [wouldn't i like to be / beautiful and wild / something special / something never seen before]

et ce fichu coeur qui dessine des arabesques dans l'esprit le bleu est partout sur les doigts les lèvres les yeux un peu embués je t'aime moi non plus à voix basse dans ces églises de basalte ah la belle vie la sale vie tatouée partout sur les pavés

et ce fichu coeur
la nuit sous le réverbère
en mille pièces sur les pavés
scintillants de pluie

Nov 5, 2008

It's All About Paris

le sentiment vague de nausée du départ / le sac cramoisi / le parfum de Camberley Lane / la brume / un vague disque de laiton / Ile de France / la brisure nette des arbres jaunes sur le ciel bleu / TSF jazz 89.9 / ‘Go down, Moses’ / la confrontation entre la carte et Micheline / Kentucky Fried Chicken / friture et pots d’échappement / ‘no way we’re eating there’ / Porte Montreuil / le marché / la chambre-cabine de bateau à déco japonaise / carré de chocolat à la Grande Porte / café du Rendez-vous à Denfer-Rochereau / match de football devant les Jardins du Luxembourg / le fumeur de pipe / les voiliers blancs / Bastet et Foucault / ‘ils ne pouvaient pas se voir, on les a donc mis en face’ / Max / coucher de soleil sur la Tour Eiffel depuis le Panthéon / la lune en dernier croissant sur la mairie du Vème / ‘j’ai faim’ ou le refrain du frère / librairie Dubois / moleskines et calligraphies / les chocolats chauds d’Amorino / le professeur à lunettes avec le sachet de livres de chez Gibert qui mange seul à la pizzeria / les baies vitrées du restaurant / le reflet dans la rue / l’homme ivre et le nez en sang / les mouettes sur la Seine la nuit / les nappes de nuages / le guitariste sur le parvis de Notre Dame / les tickets de métro écornés / le beau gosse du métro / l’odeur des nachos dans le couloir de l’hôtel / les rideaux cassés / lever de soleil sur l’Arc / ‘My baby just cares for me’ / la lueur orange des lampions / Nina Ricci avenue Montaigne / Alexandre III / la crêpe Nutella / soit Manet ne sait pas dessiner les espagnoles, soit les espagnoles sont moches / ‘En fait, Angelina, c’est un peu la grand-mère de M. Lacquement.’ / Nusch-toute-blanche, Nusch-de craie, Nusch-de-cristal / les chassés-loupés-croisés-manqués avec Elle / le jus d’orange pressé / ‘I’m gonna be on the next plane home’ / l’avion sur les pistes / les oiseaux sur les champs / la pluie.


Nov 2, 2008

Girl with Red Bag

En cherchant un peu, on trouve toujours.

Et voilà ce que j’ai ramené à la surface, en farfouillant un peu dans des malles qui n’avaient pas été ouvertes depuis le départ des USA, c’est-à-dire depuis maintenant 4 ans : un sac à main, d’un beau rouge-fuchsia cramoisi, marque : Chipie.

Ca fait tout de suite superficiel comme ça, mais lorsqu’on se rend compte que ce sac, abrité pendant tant d’années, a encore le parfum de la maison américaine, ça fait tout drôle. Je retrouve la moquette, les pièces, les murs, et puis, petit à petit, le fil des souvenirs se déroule, et c’est reparti pour une séance nostalgie. Le premier automne là-bas, la rentrée des classes, la découverte de l’Indian Summer, du cidre, du cinnamon, les dessins animés à la télé, les énormes magasins qui ouvrent 24/7, les écureuils, les livres des Berestein Bears, le premier Halloween, le premier Thanksgiving, les potirons que l’on sculpte et dont on garde la chair pour en faire de la pumpkin pie, la dinde et la cranberry sauce qui est d’abord très amère, et puis, et puis… On embellit toujours un peu le passé, en adoucissant les arêtes trop anguleuses, les couleurs trop crues, les larmes un peu trop incessantes. En revanche, les rires deviennent amples, éthérés, résonnant de tous leurs atomes, comme des bulles de cristal sur un ciel très, très bleu. On redécouvre Apollinaire, Supervielle, Maulpoix ; on réapprend ce que sont les alcools, le déchirement essentiel, le bleu.

So tomorrow, I’ll get to be the girl with the red Chipie bag in Paris…

Oct 29, 2008

Chantier & souvenirs en stock

Maison en travaux. Les souvenirs et un présent en chantier se télescopent sans complexe, et sans heurts : une fusion parfaite qui amène d’autres vestiges déferlant sans bruit.

Tenez, prenez la porte de la lingerie, où est encastré au milieu un rectangle de verre sablé. Avant, les meubles entassés obstruaient toute lumière. Maintenant, la pièce est vide, étrangement grise et blanche ; les échos y crissent presque sur la nouvelle couche de peinture. La nuit, une lumière presque liquide et aérienne traverse les fentes des volets et joue un bien curieux jeu de chiaroscuro dans la pièce qui y baigne, irréelle. La porte est fermée et dans le couloir, le verre sablé s’amuse à tordre un peu plus les quelques ombres qui flottent, l’air perdu et déplacé dans cette maison si propre, si nette.

Seules les ombres des arbres sur le carrelage blanc de la salle de bains gardent une lueur angoissante, des ombres presque gravées à l’eau-forte, et dont le bruissement se fait entendre, lointain, persistant, comme une vague qui déferle, insistante et aveugle, à travers les fentes mal calfeutrées du Velux. On lève la tête, avec la vague impression d’un malaise au bout des doigts ; on voit la lune, la pleine lune blanche, piquée sur une tête de sapin amaigri par un jeûne précoce.

Tout va bien – on pourra aller se recoucher sans bruit, sans laisser au froid le temps de s’immiscer dans les veines.

Ou encore cette nouvelle ampoule dans la chambre, en attendant un lustre plus en accord avec la décoration. Le premier lustre était une espèce de grand parasol en papier, disposé à l’envers, qui diffusait une lumière tamisée, très douce pour guérir les yeux brûlés par les néons de la journée.
Maintenant… une unique ampoule ; une lumière crue, blanche et bleue. Aucun coin d’ombre, aucun moelleux (Diderot – leave this pen alone, will you ?); chaque recoin est anguleux, cisaillé, précis, net. La chambre est devenue chambre d’hôpital.

Mais il y a tout de même le nouveau tapis cramoisi, d’un beau rouge vivant qui se perd en chatoiements pourpres. Il y a aussi le rouleau de moquette neuve dans lequel sont enroulés tous les souvenirs d’un déménagement il y a maintenant… 9 ans. Dieu que le temps passe vite. Mais rien n’a changé – l’odeur de la moquette neuve est toujours aussi familière, toujours aussi douce ; elle amène avec elle celle de l’encaustique, omniprésente dans les maisons américaines vides, en attente d’habitants. Le bois blanc, effet “ancien” et les rideaux en dentelle beige.

C’était le premier Halloween que nous passions là-bas. Nous venions à peine d’arriver – nous préparions la maison. Restée seule dans cette maison qui me paraissait immense, merveilleuse, qui promettait beaucoup. Papa installait les tiroirs de la cuisine. Et toutes les cinq minutes – la sonnette et “Trick or treat !” Je regardais, un peu émerveillée, ce cortège de costumes qui venaient réclamer leurs bonbons, des costumes ridicules, beaux, farfelus, intrigants, soignés, repoussants qui semblaient se mouvoir à merveille dans leur élément nocturne.
Et savoir que le matin suivant, les rues seraient tout à leur prière silencieuse, décharnant un peu plus leurs arbres marrons, pour le Jour des Défunts – squelettes végétaux sous un ciel roulant et gris, peut-être une matinée d’école, les acorns à chercher sur le chemin ; tout cela démentirait le carnaval bariolé qui s’était déroulé la nuit d’avant.

A part, peut-être, quelques sacs en forme de citrouille oubliés sur le côté du trottoir.

Oct 24, 2008

JAPD, ou Journée d'Apprentissage du Pire Désoeuvrement

Voilà. Je remercie l'Etat français qui m'a permis d'assister à la Journée d'Appel à la Préparation de la Défense pour m'enseigner que le mot pijule n'existe pas.

Si, si. Ce n'est pas une blague. Si vous ne le saviez pas, je vous l'annonce.


Blague à part, ce fut une journée grise à tout point de vue. La caserne en brique rouge, les arbres squelettiquement marrons, le bitume gris, les uniformes bleu marine, les manteaux noirs, les treillis khakis, le tout dilué dans une sorte de bruine, aux gouttes fines et perçantes.

Ce que j'en ai retenu? Un moment, comme fixé au polaroïd: quelques feuilles d'un vert étonnamment jeune sur le parking. Ah oui, et j'étais assise à gauche d'un beau gosse. Qui avait l'air plus doué que le reste des gens. (Ce qui n'est pas bien difficile, me direz-vous, mais bon, vous conviendrez qu'un tel voisinage n'a rien de désagréable pendant une journée comme la JAPD.)

A propos de rien, un goût sur les lèvres qui reste, celui d'un mocha sur Broadway.
Et la pluie qui brouille les phares rouges des camions; un parapluie vert acidulé qui s'attarde devant une vitrine, et repart vers Central Park.

Oct 18, 2008

Post-scriptum


Aujourd'hui: les premiers Ferrero Rocher de la saison.

5h de DS sur Gargantua. La boîte en fer pour les sachets de thé Beatrix Potter. Les dernières notes de Gate 22.
Je pourrais vous dire que j'ai été boire en ville un mocha brûlant, qu'il a neigé à peine mais juste assez pour donner une apparence de légèreté aux gratte-ciel.
De toute façon, comme le dit Fellini: For me, the things that are most real are the ones that I invented.

Autumn Musings

Envie d'un peu de tout et de rien à la fois.

Il vaut mieux que je l'avoue d'emblée: je n'ai plus d'inspiration. Des idées très fugitives, qui tentent de baliser de nouveaux chemins dans l'esprit, puis très vite y renoncent. En ce moment, je préfère les grands espaces où on est partout à la fois. J'aime me perdre pour mieux ne plus me retrouver.

Se forcer à écrire, ça fait trop mal. Non à la manière du sel qu'on frotterait sur une blessure à vif, mais à la manière d'un coeur qui se contracte péniblement, d'une migraine qui enserre toujours un peu plus les tempes, sournoisement.

J'ai envie d'aller voir la mer.

Finalement, la mer du Nord en hiver, grise, froide, ça pourrait guérir. Du moment qu'il n'y a personne sur la grève.

Ou un village à l'écart, l'automne, les roses d'automne dont le rouge tranche sur la brique ocre et grise. Des odeurs de feu de bois. Il fait juste un peu frais. Ciel de plomb.

Je verse un peu dans les réminiscences, mais lorsqu'on vit principalement dans un monde fabriqué de toutes pièces, avec des morceaux de tissu retrouvés dans ce que les autres ont laissé sur le bord de la route...

Je ne finis pas les phrases. Texte aléatoire. Il faudra bien s'y faire.
Ne jamais achever. Tout est dans le mouvement.

Bonsoir.

Oct 5, 2008

Pluie du dimanche

On finit par s’habituer à tout, même au Nord. Dimanche matin, 8h, les grandes bourrasques, la pluie qui déferle en lames et qui, dans le vent, prend un aspect fantomatique, les livres qui s’entassent, les parfums de café en bas… On se croirait en novembre. Cela en devient presque agréable d’aller en cours, de prendre les notes au chaud tandis que le froid se casse les dents sur les toits métalliques, au-delà des vitres.

Salle 107. Une seule fenêtre, haute et étroite. De l’autre côté de la rue, la chapelle du lycée catholique d’en face, à demi-cachée par un arbre qui résiste encore à se faire dépouiller. Les teintes : gris plomb pour le ciel, marron pour la brique, vert sombre pour ce qu’il reste de l’arbre. Le tout a un petit air d’Oxford.

Les tenues d’hiver ont du charme. J’ai hâte d’être en décembre, pour pouvoir descendre en ville à midi, skipper la cohue de la cantine et me balader dans le froid. Bientôt les rues décorées, les parfums des fêtes, ces épices d’hiver.

J’ai vidé entièrement les malles que j’ai trouvées dans les recoins. Des cartes postales, des vieux livres, beaucoup de musique aussi, et des souvenirs de la salsa.

Je n’en demande pas moins, pas plus.

Jun 14, 2008

Feuilles
(by Hachi and Bamboo)

Je les observais choir. Sur chacune d’entre elles s’attardait mon regard : abandons de Juillet.

Sous la chaleur dormaient, tapies,
Les rumeurs d’un automne aigri.

Leur humeur rougeoyait, prisonnière du brasier de cette friction saisonnière.

Ce remous des étincelles – la vérité
Bruissait comme l’aile d’un oiseau inquiet.

Il y avait de la religion dans ces murmures ; croyance première qu’on pensait perdue.

Mon cœur s’effeuille à l’autel de tes soupirs –
Tristes écueils où se noient mes souvenirs.

Ce passé brumeux, sous ce ciel écrasant où tournoient pensées et secrets, m’oppresse d’un rouge froid.

Promesses fuyantes et regards tremblants :
Eau noire scintillante au Lac des Amants…

O Ondes enrouées qui chantent ma perte, revenez percer ces nuages de Juillet !

En vain. Chant de cygne aux accords las, mineurs…
Ne me fais plus signe, que j’oublie mes pleurs.

Larmoyant adieu d’un appel sans réponse, j’implore ta candeur estivale.

La plainte s’effiloche en veines mordorées :
Mille cristaux de roche en mouvances moirées.

Les ombres s’évaporent, Juillet bourgeonne, on entend les rires d’Echo.

Ta voix, stellaire diapason,
Sur mes lèvres – et ce frisson…