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Mar 2, 2009

La Comtesse des Digues

Je croyais ne pouvoir jamais aimer les Flandres, qu’importe le côté de la frontière. Et avec l’écriture de Marie Gevers, je suis presque tombée amoureuse de ce pays, autour de l’Escaut.

Je dis bien presque – car rester dans un pays régi par l’eau comme l’est celui où vit la Comtesse des Digues m’étoufferait. Aucun horizon là-bas, aucune possibilité de fuite, car précisément, tout le paysage se distend en horizons, se déverse pour mieux se perdre en lignes de fuite. Et puis l’eau ! Suzanne – la Comtesse susmentionnée – le reconnaît assez bien elle-même, puisqu’elle sait que l’Escaut est roi en ces terres. La Comtesse des Digues – et avec ce roman, tout l’univers flamand que décrit Marie Gevers dans ses romans – est bien la représentation stylisée d’un monde où entrent en collision et en résonance fleuve, lune et marées, pluie et champs, osier et argile – gigantesque diapason où tout se doit de s’accorder au fleuve omnipotent.

Même la mer – l’océan – ne serait pas aussi opprimante. Et que dire de la montagne ? Dans ces deux paysages au moins, la promesse d’une échappatoire, la possibilité de respirer sans assujettissement. Je regrette, Suzanne, mais vous ne m’avez pas transmis votre amour pour l’Escaut, pour un pays noyé, alourdi par les alluvions et la glaise.

Vous m’avez transmis autre chose – peut-être bien plus à mes yeux : le sens du détail, et la recherche d’une harmonie – à tout niveau que cela puisse être – qui n’a que faire des conventions extérieures et préexistantes.

Tout d’abord ce goût pour les détails : votre démiurge, Suzanne, qui se nomme Marie Gevers, a un don incontestable pour les descriptions, et en particulier le maniement de la lumière. On sait bien que l’eau réfracte la lumière – et il semble que l’écriture est au cœur d’un prisme mouvant, qui happe toute lumière pour la décomposer en arcs-en-ciel. Même la non-lumière, grise et vitreuse, des journées de pluie incessante, est filtrée de la même manière, de façon à devenir poreuse, nacrée, presque aérienne, et à finir toujours en bruine – toujours la décomposition en eau. Les descriptions des beaux jours sont toujours liserées de l’eau – rosée, chaleur humide, tout s’orne de perles, de gouttelettes. On parle des foins, de l’osier, des vanneries, même de la terre, pour éponger l’humidité ; mais cet apport d’un faux-semblant de sécheresse n’est là que pour mieux mettre l’emphase sur la nature aquatique de ce pays. Ne vous méprenez point cependant – ni l’écriture, ni l’histoire, ni le pays ne sont dégoulinants – ils sont juste faits d’eau, et à ce titre, toujours prompts au mouvement. C’est là qu’apparaît une des tensions du texte : Suzanne, à la mort de votre père, ce Comte des Digues farouche et, il fut un temps, presque redoutable, vous rêvez de partir, et cet appel meut un bon nombre de personnages ; mais en fin de compte, vous revenez tous – ou décidez tous de rester. L’enracinement à cause – ou grâce à – la mobilité, ou du moins le désir d’un ailleurs : voilà la tension, qu’on peut éventuellement résoudre dialectiquement, car c’est le mouvement qui vous fait comprendre, Suzanne, qu’il vous faut rester. Vous n’avez pas d’ailleurs, vous qui vous donnez allègrement à ce fleuve que vous aimez réellement, comme une femme peut aimer un homme ; vos rêves se trouveront contenus dans ces digues et cette eau que vous connaissez si bien.

Et de là part et mon enthousiasme et mes reproches. Vous repliez autour de vous, Suzanne, votre solitude un peu altière de princesse – votre famille vivant un peu à l’écart des autres du village, ou même des proches ; vous aimez à vous promener, vous vivez en parfaite harmonie avec les éléments ; et pourtant ! pourtant ! Vous n’oserez pas vous dérober complémentent aux conventions. Car il faut ici préciser que votre histoire est double. La première raconte celle d’une jeune fille qui, à la mort de son père, le Comte des Digues chargé de la surveillance des digues, va devoir reprendre le flambeau du paternel et se battre pour se faire admettre comme Comtesse des Digues. Comme votre père, vous connaissez mieux que quiconque les schorres entre l’Escaut et le Vieil-Escaut ; comme votre père, vous êtes méticuleuse, à en devenir maniaque, et tous les jours, vous partez à pied le long des canaux, vérifier les réseaux. Lorsque votre père meurt, vous songez un instant partir – mais vous comprenez vite que votre place est ici, Comtesse – car si vous partiez, qui ferait aussi bien le travail que vous ? Votre combat relève donc plus ou moins d’une tendance féministe, et de ce combat, vous ressortirez en vainqueur.

Mais la deuxième histoire n’est pas exactement la même. Vous êtes Comtesse, femme d’affaires qui tient les registres, naturaliste et farouche, élevée au Télémaque – mais vous êtes aussi très jeune – à peine sortie de l’adolescence, semble-t-il, et vous avez encore tout à connaître de l’amour. Vous ne vous êtes jamais posée la question, et on ne vous a jamais parlé de ce que pourrait être un mariage – qu’il soit d’amour… ou d’intérêts. A la mort de votre père, on commence à poser des questions ; et vous vous trouvez naturellement une inclination vers l’associé de votre père, le ‘grand, beau Triphon’ [à en lire la description, nous n’avons peut-être pas les mêmes goûts, Suzanne, ‘soit dit en passant’] qui semble vous aimer aussi et qui incarne l’Escaut – fauve, séducteur, maître de lui-même – mais il n’est que l’associé de votre père, et toute la bourgeoisie familiale se dresse contre cette union. Oh, il y a bien Monne, le brasseur, que votre tante calculatrice vous présente, mais il est lourd, paillard, vulgaire – il préfère le cinéma à l’Escaut, l’auto aux promenades le long des rives. Et bien entendu, ce n’est que lorsque Triphon est envoyé en Angleterre que vous vous rendez compte que vous l’aimez – et que vous ne l’aimez plus. Car Triphon change au fil du livre – pour vous plaire, il s’habille en monsieur, et quand il vous croit absente, fait des blagues grivoises. Ce n’est plus Triphon-Escaut à la fin du livre, c’est un autre – peut-être un peu par votre faute, Suzanne, car vous ne vous êtes pas réveillée à temps.

Dès le début du livre, se dresse aussi Max Lantrix. A vrai dire, je l’ai tout de suite mieux aimé que Triphon : on perçoit en lui une décontraction à la limite de la désinvolture, de l’insouciance pour ce qui est des conventions, une distance critique qui lui donne une auréole aigre-douce. Il aime l’Escaut, les digues, l’osier, la musique, les promenades, il pourrait vous convenir, Suzanne, et il est issu d’une famille bourgeoise, il pourrait convenir à votre famille, même si votre tante estime qu’il est « à demi-toqué » (il faut être « toqué » pour vouloir se promener le long du fleuve !). Mais vous lui préférez d’abord Triphon, surtout lorsque celui-ci part en Anglettere – et y rencontre sa femme. Et malgré ce mariage, Triphon vous aime encore, et vous êtes encore attirée par lui – mais vous ne pouvez vous résoudre à céder : comme votre père, vous n’avez jamais trompé personne, et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer. Pourquoi n’avoir pas tout de suite dit ‘oui’ à Triphon, avant même son départ ? Parce qu’il n’était pas de votre monde ? Vous secouez la tête, en disant que vous étiez amoureuse de Max aussi – mais il est très possible que certaines assertions bourgeoises à ce niveau, à force d’être martelées, se soient imprimées dans votre inconscient. Finalement, vous choisirez Max – et vous l’aimez sincèrement, je n’en doute pas – mais Suzanne, vous n’êtes pas Madame Orpha (votre ‘petite sœur’ pourrait-on dire, héroïne du roman éponyme de Marie Gevers qui sera publié deux ans après), vous n’êtes pas votre cousine, Marieke – et vous n’avez pas osé choisir Triphon avant que tout ne soit trop tard. On a parfois l’impression que Max reste la solution par défaut – au cas où – la solution qu’on a choisie après coup. Même si j’aurais, comme vous, choisi Max – que je préfère de loin à Triphon (qui fait un peu brute de décoffrage quand même), car Max a des allures de poète – nos choix ne se basent pas sur les mêmes raisons. J’aurais choisi d’abord Max ; vous l’avez choisi en fin de compte, par sécurité. Et une fois le mariage conclu, vous revenez à votre premier amour, l’Escaut, accompagnée de celui qui comprenait la valeur des éléments, mais vous vous enliserez vite dans la maternité…

Ne vous méprenez pas, Zelle Zanne, comme on vous appelle : je ne vous blâme pas. Le titre reste La Comtesse des Digues – et non Suzanne Lantrix – soulignant, peut-être, la prépondérance de votre combat à caractère politique sur vos amours. Vous serez la première Comtesse ; et vous avez fait le bon choix en amour, même si je persiste à remettre en question vos raisons pour ce choix – mais Marie Gevers aura tôt fait de réparer cela, avec Madame Orpha. Mais, comme vous le dites si bien pour clore le livre, Suzanne – restez toujours ainsi, dans toute la pureté que vous confère votre amour pour l’Escaut.

Car même si je ne pourrai jamais vivre dans les Flandres, j’aurai plaisir à les traverser et y retrouver les mots de Marie Gevers – peut-être même m’y attarder quelques jours afin de converser avec votre fantôme.

Feb 23, 2009

L'Ecume de nos jours

L’Ecume des jours, c’est une sorte de papillon chamarré dont on ne sait pas bien s’il est fleur de cerisier moirée ou papillon. C’est le rêve de l’homme qui vole tel un papillon et qui en vient, au-dessus des nuages, à se vider de son être et à se demander de quelle ascendance il peut se réclamer.

Pour résumer, la vie, c’est l’amour, et c’est la musique. Pas n’importe quelle musique, direz-vous : celle de la Nouvelle Orléans, celle qui peut exprimer toute la palette des sentiments humains, celle qui est véritablement soul et blues car elle sait refléter la moindre nuance de l’âme humaine et l’âme humaine est un morceau de ciel bleu.

Le jazz, et plus généralement la musique, innerve l’Ecume des jours. Chloé, la fille dont Colin tombera follement amoureux, porte le même prénom que le titre d’un morceau de ‘Duck Ellington’. Alise, l’autre fille dont Colin serait tombé amoureux, n’eût-il pas rencontré Chloé, peut faire penser à l’Elise de Beethoven. – Et que dire de la ‘musique’ dans le poumon de Chloé, musique funeste de nénuphar ? Dans le rythme même des phrases, on en vient à voir un air lancinant de jazz – effréné tout d’abord, puis de plus en plus syncopé, suivant la progression du livre – on passe du swing au blues.

Mais l’archange parle mieux que moi de musique. Alors je vais essayer de parler de l’amour – si je me souviens un peu, dirait Cabrel.

Ce qui frappe d’abord, c’est la pureté des personnages. Ils ne peuvent pas vieillir, que ce soit leur corps ou leur âme. Ce sont à peine des adolescents, et aucun n’a eu le temps de devenir désenchanté. Colin veut tomber amoureux, on ne lui a jamais dit que le grand amour, ça n’existe pas, et il va rencontrer ce grand amour, en la personne de Chloé, oiseau dans sa cage, d’après le motif même de sa robe.

En parlant de cage, c’est le motif de l’enfermement qui revient toujours dans le livre. La robe en forme de cage, le nénuphar qui se ramifie dans le poumon de Chloé, et au fil des pages, la maison qui se rétrécit, sombre et marécageuse, le ‘travail’ que Colin cherche – il ne trouve que des labeurs qui sapent sa vie, de véritables sangsues – et par extension la société même, absurde, vorace, monstrueuse et belle, onirique, surréaliste tout à la fois, et puis les flammes qui dévoreront Alise dans la librairie, le fantôme de Jean-Sol Partre qui emprisonne Chick et finira par le plonger dans l’obsession et la mort, et la souris enfin, dans sa tentative de suicide grâce à un chat qui veut compatir mais ne comprend pas bien.

En fait, l’Ecume des jours finit bien, dans le sens où cela ne pouvait finir autrement. Les personnages principaux sont trop beaux, trop idéaux pour vivre longtemps dans un monde tentaculaire. En refermant le livre, on a même envie de souffler à Colin : ‘Jette-toi dans le marécage. Rien ne peut plus arriver maintenant.’

Au moins, Colin et Chloé, là-bas, ensemble à nouveau. Et ici, tout ce qui reste : la plainte d’un saxophone – ou un chœur de onze petites filles aveugles – qui chante l’amour, la musique, pour qu’on se souvienne.

[L’Ecume des Jours – well, it’s like a brightly colored butterfly – but we do not really know whether it’s a shimmering cherry blossom or a butterfly. It is the dream of the man who flies like a butterfly and who eventually, high above the clouds, is drained of all his self, and begins to wonder which ancestors he could claim.

To sum it all up, life is about love, and about music. But not any music – the one from New Orleans, the one that can express the whole palette of human feelings, the one that is truly soul and blues as it knows how to reflect the merest nuance of the human soul, and the human soul is a piece of blue sky.

Jazz, and on a more general scale music, innervates l’Ecume des Jours. Chloé, the girl Colin will fall madly in love with, has the same name as a music piece from ‘Duck Ellington.’ Alise, the other girl Colin would have fallen in love with, had he not met Chloé, can make us think of Beethoven’s Elise. – And what about the ‘music’ in Chloé’s lung, the fatal water-lily music? In the sentence rhythm itself, we come to see an insistent jazz air – frantic at first, but growing more syncopated at every page, as it follows the book’s progression – from swing, we dive into blues.

But the archangel knows better than me how to talk of music. So I will try to talk about love – if I remember some of it, Cabrel would say.

What is striking at first is the characters’ purity. They cannot grow old, be it their body or their soul. They have just come out from teenage years, and none has had the time to grow disillusioned. Colin wants to fall in love, no one has ever told him that the ‘love of one’s life’ does not exist, and so he will meet the love of his love, in the person of Chloé, bird in her cage, as is pointed out by the very pattern of her dress.

Talking of cages, the theme of entrapment that relentlessly comes back in the book. The cage-shaped dress, the water-lily that branches into Chloé’s lung, and, page after page, the house that grows smaller and smaller, darker and more swamp-like, the ‘work’ that Colin looks for – he only finds toils that drain him of his life, real leeches – and by extension society itself, absurd, voracious, monstrous, and beautiful, oneiric, surrealistic all at once, and then the flames that will consume Alise in the bookshop, the ghost of Jean-Sol Partre that traps Chick and will eventually plunge him into obsession and death, and last the mouse, with her trying to suicide herself with the help of a cat who would like to sympathize but who does not really understand.

In fact, l’Ecume des Jours ends well, in the sense that it could not end in any other way. The main characters are too beautiful, too ideal-like to live – to last – long in a tentacular world. Upon closing the book, we almost want to whisper to Colin, ‘Go on, jump into that swamp. Nothing can happen anymore.’

At least, Colin and Chloé, over there, reunited. And here, what is left: the complaint of a saxophone – or the chorus of eleven blind little girls – that sings of love, of music, so that we may remember.]

Feb 21, 2009

La parole en archipel [Char]

I listen to the song over and over again, feeling your presence that way. I almost cried when the movie ended, even if it was a happy ending, just because it was the ending. Now the song connects me to the world I have to cross each day - to go to school, to go grocery shopping, or even to go across the street to a friend's - humming it, I feel more alive. It's like with the white cloud trails that follow an airplane - with the music, I imagine that there must be someone - someone - humming it somewhere else, and feeling the same way I do. My fuschia-colored umbrella keeps me sheltered from the rain as I skip around and between puddles. I feel like reading every book, watching the movies I love, listening to all the song I find so pleasant. With the coming of Spring, I ask less questions - rather keep them to myself, and find out on my own. Yesterday, I finished L'Ecume des Jours by Vian, and I felt like dying with a water lily flower in my lung, so that I would see if you would really miss me. I want to see sunsets in tropical islands, eat ice cream, go elsewhere. Perhaps with you, perhaps not - it all depends on you now. The song sometimes materializes itself, and we chat like old friends. And yes, I do believe in happy endings, even though things never end.

Feb 12, 2009

But now I know I'm glad I came...

La bougie cranberry-mandarine : lorsqu’elle est allumée, la cire liquide prend une teinte groseille sublime.

J’ai écouté une version jazzy-cubaine de la Lettre à Elise qui m’a rendue heureuse, je ne sais trop pourquoi.

J’ai juste un peu peur que la vie – cette jolie boule de verre un peu iridescente, n’est-ce pas – se fêle un peu trop vite. Je me trouve très gauche, très maladroite.

Le bleu envahit tout dans ma tête, il adoucit et guérit, ça fait du bien.

J’ai envie de voir les étoiles.

Like a butterfly in a hurricane…’ Je prendrai le train en marche – j’ai l’habitude.

Feb 6, 2009

These are the great times to come

« See, there are moments for everything, especially to tell you that you still haunt me, like a peculiar muffled melody that strains on tired heartstrings. I try to imagine what your voice sounds like but all I can hear is the piano downstairs and notes running as if on still water; I try to picture your face but all I can see is an imperfect calligraphy, ever a-dissolving into rare and precious colors. Do not ask me if I can sing or dance for you – I have not the makings of a perfect heart (or is an unfinished, a half-heart what you are looking for?) but I could try to wake up butterfly-veins and read your future in my palm. Rain and words are what unite us, for they have no more substance than we do, always slipping out of each other’s grasp, as if this were just a game. But bound I remain, to something I have not claimed my own – shall I soon depart for more stable ground? I do not know, and if I did, I would soon leave anyway. Your lips, as I try to imagine them, have a taste of clouds and summer, something that belongs to Tuscan poppy fields or lone twilight beaches at the end of the world. Perhaps one day will see us breath against breath; but for the moment, to fill up the absences, I will stand under the rainfalls, head raised, asking for sunlight and tangling up breaking clouds in my fingers and hair. »

Feb 2, 2009

Photos-Souvenirs

Vendredi. La classe ensoleillée à 16h, pendant le cours de philo. L’impression, pour une fois, de sentir une trouée dans les nuages. Samedi. Paris-Diderot. La nouvelle qui arrive au niveau du périph – il y aura un vide pendant cette journée, les amphis à 700 personnes pour 400 places, le monde, l’esbroufe de la prise de notes à l’ordinateur pour certains, la chaleur, mais aussi le prof qui a des allures de Gavroche [casquette, grand manteau, galoches, écharpe au vent], l’attention que tous manifestaient, les moments captivants, le témoignage bouleversant de l’ami de Kateb. Tout de même, la joie de partir le matin avant tout le monde, de ressortir à l’air frais, de faire des méandres dans les rues, plan à la main, pour retrouver la station de métro. Et puis Elle, la crêperie, les fous rires – la preuve de la rencontre de deux K, c’est que le seul sujet de conversation, eh bien, c’est la K. Mais qu’est-ce que j’ai pu rire… Le regret de quitter Paris, tout est dans le fugitif. La flemme tout le reste du weekend, l’immersion dans la musique pour oublier et pour se souvenir. Lundi, on reprend, on recommence, toujours. La neige, aussi brusque que fugace : au petit matin, le ciel expirait des flocons qui semblaient flotter de nulle part. A midi, la blancheur était déjà souillée par les points de rouille des mégots de cigarette, la boue brune et mi-liquide dans les rues. A 16h, il ne reste quasiment plus rien. Je n’ai pas encore révisé l’histoire pour mercredi, les devoirs s’empilent, mon bureau ne ressemble plus à rien sous les feuilles, livres et autres… objets non identifiés qui s’accumulent. Pour pallier les vacillements trop intenses, les vertiges trop ténus, j’ai acheté une nouvelle carte postale, celle qui ressemble à un marque-page et qui montre des paysages du monde entier. J’ai tellement de cartes postales que je commence tout doucement à tisser des espaces, à coudre ce qui pourrait avoir l’étoffe d’un monde. Mais je n’ai pas les mains assez habiles, l’aiguille me pique trop, et mes doigts sont rapidement en pièces. Cela viendra, j’espère.

Jan 12, 2009

Round Midnight

Au commencement, il y des choses qui tournent lentement sur leur axe.

Et l’envie désespérée de partir.

Mais comment fredonner Je Te Veux si personne n’entend ? De Satie, on passera à Gerswhin, et fermer les yeux, lentement. Il n'y a plus rien à dire, quand on passe maître dans l'art de l'invisibilité.

Dec 13, 2008

Scrapbook #1

« The day I realized she was beautiful was also the day I began to feel like a puppet, with a soul too small for its wooden body, too lithe for its wooden limbs. That day she told me about reality, saying it was just outside the door, I asked her if I was real. She answered, ‘Yes, of course, dummy. We are all real. Why wouldn’t you be?’ I turned away. »

Je lis CLAMP [Tsubasa Reservoir Chronicles & xxxHolic]. Je mange des poivrons rouges, des clémentines, des chocolats. J'écris un peu n'importe quoi. Je voyage en esprit: à NYC, à Frisco, au Japon - et des endroits où il n'y a personne. J'essaie d'apprendre à comprendre la calligraphie des veines, même si mes mains sont de plus en plus souvent froides. J'ai envie de de danser dans la neige. Je rêve de beaucoup de choses, je construis des mondes, je parle à des absences, je discute avec des fantômes. Je pense à [lui]. Je note ce que j'entends, les bouts de conversation saisis au vol. J'en fais des 'scrapbooks.' Je ne me sens pas de réviser.

Et j'ai commencé le rite khâgneux du Concours Blanc ce matin, avec 5h de géographie.

Dec 6, 2008

comptine d'une après-midi d'hiver [vrac]

Les journées d’hiver s’enchaînent, sans neige, en tourbillons disloqués. Le froid aplanit tout, lisse les surfaces, écrase les volumes – tout en ne retenant que quelques points de couleur qu’il dilate, pour masquer la nudité et l’étiolement du reste.

Les réminiscences pêle-mêle de cette semaine : les croissants de lune le soir, le rituel du jeudi soir, les clémentines – et puis les invités du vendredi soir, après 9h30 de cours, les éclats de rire et les pics de fatigue. J'apprends le froid et l'irrésistible envie de se fermer que les paupières ont toujours au mauvais moment.

Et puis les macarons [chocolat, citron, framboise] qu’on mange sans réfléchir, les arômes de chocolat chaud et de cannelle, les ongles qu'on lime le soir en écoutant Gershwin [Rhapsody in Blue].

Le salon de la maison face à ma fenêtre semble être une alcôve, une avancée circulaire du mur. Les fenêtres sont de taille moyenne, et à présent, quelques lumières – un petit point orange qui ne vacille pas – les entourent. Je crois qu’on peut même voir un sapin à l’intérieur.

Enfin, ce matin – pause coiffeur. J’aime ce petit salon – à présent entièrement décoré de rameaux de sapin et de boules argentées. Les odeurs, dont celle de la laque, y sont particulières – douces, apaisantes, familières, réconfortantes. Je suis revenue chez moi à pied, profitant d’un ciel encore dégagé, d’un bleu ténu et presque cristallin. Crochet par la boulangerie [Banette Legrand].

En fait, j’aimerais être une de ces danseuses minuscules de porcelaine qu’on trouve dans les boîtes à musique – vous savez, ces boîtes qui, quand on les ouvre, laissent échapper une mélodie presque obsédante, et la danseuse, pendant ce temps, tourne sur elle-même dans le velours rouge de la boîte. Voilà, une danseuse de porcelaine qui a toujours dans la tête les airs d’Amélie Poulain.

Note to self – and to the a.a.: fine. I’ll stop talking about [J]. But it’s still killing me inside.

Dec 1, 2008

Avoid the eyes

[It's as simple as one two three
As simple as that.

And I wish I could tell him everything
Everything that's on my mind.]



Ce week-end, ce fut les crêpes, et puis la catabase dans Nerval. Je dis bien catabase, car il me semble que dans les Chimères, sourd une lutte terrible contre la mort. Mais pas la mort habituelle - plutôt la mort qu'est la folie médicale, cette dépossession de soi-même. Voilà pourquoi Nerval refusait d'être fou, ou du moins, refusait de voir sa poésie comme le produit de sa folie. C'eût été nier sa propre capacité à écrire, son propre talent.

Ce fut aussi le week-end de résolutions, sensées ou non, afin de cesser d'étouffer, de pouvoir respirer un peu plus. Créer un espace où les perspectives puissent insuffler un peu de vie dans ce sang qui se fige un peu trop vite, afin qu'il aille irriguer les plus fines veinules, amplifier les moindres sensations. Tout est dans le 'un peu' - jamais de superflu (car ce corps qui prend déjà trop, trop d'espace... et ceux qui disent le contraire ne comprenent pas sa géométrie particulière).

Je ne supporte pas de laisser tomber. Ni les choses, ni les gens. Mais parfois, il faudrait apprendre à échouer. Ou plus exactement, à s'échouer. Se décevoir soi-même pour rendre tangibles à ses yeux ses propres limites. Et faire l'expérience d'un oubli interne, s'échouer sur une grève inconnue ou oubliée de l'esprit, afin de se reposer quelque temps. Je reprendrai jeudi donc, les mains un peu tremblantes, le regard un peu noyé. Le froid de la nuit, les étoiles comme des points de diamant parmi les sapins, tout cela se chargera assez bien de mettre un peu de baume si les plaies se sont rouvertes. Et info pour les abonnés sarrasins: les ambulanciers ont commencé à allumer les lumières de Noël à partir de 17h. Et moi, j'ai envie de crêpes, de Nutella, et d'allumer une bougie sur le rebord de la fenêtre, en attendant minuit, et la lune.

Nov 26, 2008

theaters


la neige se veut tenace - s'agripant aux recoins sombres du jardin.

mais en vain - le jardin est revenu à sa couleur d'un gris-vert sale. ses imperfections qui avaient été dissimulées par la neige résurgissent à présent, cicatrices séchées. et les roses se sont brisées comme du verre.

il y a encore le problème de ta voix, de ton odeur. je ne sais toujours pas quoi en faire - les mettre dehors avec le reste, ou les laisser quelque part sur l'étagère, entre les matinales et débarcadères.

les bijoux qu'on laisse sur la commode, nina ricci, le sable de monterey (ta voix, ta voix) et puis les musiques qui s'entrechoquent, un tintement distrait: gershwin, satie, brubeck, et puis arrangement pour piano 4 mains de rachmaninov de la belle au bois dormant de tchaïkovski. j'ai eu envie de regarder les aristochats.

les goûters ces temps-ci: chocolat chaud, pâte d'amande, mandarine. je fais dans la miniature, voire le minimalisme, une orfèvrevrie du temps en somme. commencer une calligraphie des corps. (even if that body takes up too much space - that awful, clumsy body.)

"Anyone who has ever seen anything happen on a stage – anything – knows that a theater is so full of magic that after years and years of opening nights there must be magic enough to last forever in its walls."

(Clin d'oeil to my Hopper friend. Cynthia Rylant, The Van Gogh Café)

Nov 22, 2008

esprit nei-gisant.


pendant toute la journée, par intermittences: la neige.

on lève la tête du thème d'anglais (nana, zola) à 9h36 et: la neige.

en gros flocons mouillés, qui fondent immédiatement.

les mandarines juteuses, dont l'intensité du parfum est inversement proportionnel à la taille. prendre les plus petites, celles dont l'arôme est juste ce qu'il faut de sucré, celles qui ont le plus de saveur, des soleils en miniature. à déguster avec un carré de 1848 (non, pas la 1ère date du programme d'histoire de lyon) aux éclats de noix de pécan grillés.

à 17h12 sur la place d'armes, les flocons étaient violets avec les lumières des décorations.

les décorations au centre commercial, le jazz et les chansons de noël, le grand manteau gris, les lumières la nuit sur la place, le monde, et toutes les choses qu'on rêve de faire, mais qu'on ne peut pas faire, parce qu'on fait du shopping avec les parents [chocolat chaud, boutiques de déco, achat de livres et de cartes postales-marque page, bottes], l'espoir insensé de l'apercevoir dans la foule, entre deux flocons.

mais rien, toujours rien. juste la neige, qui fait du bien, qui apaise.

[I want you, you, you / I want you to look at me / in the eyes / and dance / with me - always.]

Nov 20, 2008

Et puis voilà

L'espoir, c'est une seule étoile un soir d'automne. Ou trois notes de musique qu'on fredonne sans le savoir, un refrain auquel on se raccroche.
Son regard et son sourire, fugitifs:
Il n'y aura pas de salsa ce soir, pas d'oubli pour deux heures. L'espace d'une seconde, on maudit, les dents serrées, le théâtre de la semaine dernière.
Les sapins rachitiques ont bien fini par écarteler les étoiles d'automne. La mélodie se perd entre deux absences. Tout, tout part en fumée; il n'y a plus que les lumières de Noël chez les ambulanciers qui brillent déjà. On repartira demain, les mains dans les poches, le petit nuage de vapeur se formant autour des lèvres, la ligne d'horizon à l'est légèrement bleutée, l'air de rien. (Harp on it 'till heartstrings break!) Il faudra sourire. L'attente est longue, les paupières lourdes.
La solitude est finalement l'amie la plus fidèle.
Et même les clémentines qui laissent leur parfum sur le bout des doigts ne font plus rien.

Nov 12, 2008

accrocs

une khôlle de philosophie géniale ('faut-il gouverner à vue pour être un bon politique?') - résultat: on se sent tout de suite un peu plus révigorée un peu plus prête à repartir...

et khôlle de géographie - le prof, cassant? non - il suffit de jouer la carte de 'je ressors la conférence de l'année dernière dont le prof pensait qu'on ne se souviendrait plus' ... (et de gérer le temps correctement mais ça c'est une autre question)

on n'avait besoin que de ça. surtout que les bâches accumulées commençaient à plomber le moral. il reste encore des points d'ombre des angoisses mais il faisait si beau aujourd'hui une magnifique journée d'automne. et l'église de valenciennes maintenant qu'elle est rénovée est si blanche contre les nuages.

les projets d'aller au musée juste à côté du lycée après les cours pour regarder. et demain - lille et tartuffe. on reviendra tard mais on aura sûrement gagné une balade entre amies lille la nuit peut-être un panini et la possibilité de voir les étoiles à 11h du soir.

tant pis pour la salsa. les illusions tombent moins douloureusement ce soir comme les feuilles par la fenêtre. les feuilles noires contre un ciel plus sombre encore mais profondèment vivant. la pluie de l'autre côté de la vitre la pluie bleue des crépuscules est toujours belle. elle enseigne la patience l'attente. tout ça pour glaner un sourire, un coup d'oeil. [wouldn't i like to be / beautiful and wild / something special / something never seen before]

et ce fichu coeur qui dessine des arabesques dans l'esprit le bleu est partout sur les doigts les lèvres les yeux un peu embués je t'aime moi non plus à voix basse dans ces églises de basalte ah la belle vie la sale vie tatouée partout sur les pavés

et ce fichu coeur
la nuit sous le réverbère
en mille pièces sur les pavés
scintillants de pluie

Oct 11, 2008

(aparté)

[I'm alright baby
I've just got you
somewhere on my mind
...]

Sep 27, 2008

Post-partying

Quelque chose se désagrège très lentement. Quoi, je ne sais pas très bien. Ou, du moins, je n'ai pas trop envie de savoir. Il y a les souvenirs, beaucoup de souvenirs. La musique, les néons, les alcools ambrés dans les verres, les éclats de rire, la nuit. Apollinaire, comme une psamoldie. Et puis le jour d'après, le choc avec la réalité. Voilà ce qui s'est passé quand on est parti mais que les autres continuaient de s'amuser. Et on commence à se rendre compte de la distance vertigineuse qui séparé ces quelques heures d'une intensité folle et la vérité clinique du matin qui pointe sur des tables froides, des cours disséqués, des regards alourdis par ... 4h à tout casser de sommeil. Apprendre les dernières nouvelles, même si ça fait mal. Savoir qui, quand, pourquoi. Comment. D'abord une envie de partir, de grande solitude. Puis ... puis, on verra bien. Il y a des choses qui mettent du temps à cicatriser. Il y en a d'autres qui ne cicatriseront jamais. A force, les échecs qui s'accumulent, ça commence à faire beaucoup. Un peu trop même. Mais comment faire autrement? C'est sûr que toujours rejeter la faute sur les autres, ça n'aide jamais. Il faut "prendre sur soi". "Prendre ses responsabilités". Le problème se pose quand l'unique sentiment qu'on ressent lorsqu'on est sur le point d'aborder des gens inconnus, c'est la panique. Je ne parle pas de l'Inconnu en général. Tant que c'est pas humain, ça va. Mais quand ça entre dans la sphère humaine... Parfois on préfère se replier sous l'écorce, se protéger par l'éloignement, quitte à avoir encore plus mal dans la solitude.

Il faudra bien un jour se libérer.