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May 18, 2009

Lullaby

Les lupins ne cessent de pousser cette année. Et l'arbre au fond du jardin est alourdi par des myriades de pompons blancs, des fleurs qui poussent en grappes très serrées et très odorantes. Et puis les orages aussi, la pluie et le gris rageur des nuages de printemps. Les giboulées ne sont pas finies.

Je lis Lullaby; j'ai des envies d'ailleurs, de maisons grecques, très blanches dans le soleil, des herbes qui sentent le miel.

May 10, 2009

Le silence en archipel

Tu es pressé d’écrire

Comme si tu étais en retard sur la vie.

R. Char, Commune présence

Sujet de culture générale pour vendredi. Un peu d’air frais dans les devoirs de la prépa.

Il m’arrive parfois, quand je suis enfin seule chez moi, de reprendre Nedjma, ou Char, ou Supervielle, ou TS Eliot, et de lire à voix haute. Lire un même poème encore et encore, jusqu’à pouvoir prédire les pauses, les enjambements, les souffles, jusqu’à le connaître presque par cœur. J’ouvre la fenêtre et je laisse les volets entr’ouverts, histoire de laisser le vent entrer, et la timide chaleur. Il y a le torrent incantatoire de Nedjma, où chaque image hypnotique en appelle une autre et dont le rythme est celui de la vie, de la mer elle-même ; les aphorismes de Char qui s’égrènent, goutte à goutte, avec des espoirs de chaleur et des hallucinations de rivière ; les vers de Supervielle où tout prend une dimension cosmique lorsqu’on les lit à la tombée du soir ; TS Eliot enfin, qui convoque tout un monde, faisant entrer en collision les parfums à l’ancienne et la décrépitude du Waste Land moderne, l’odeur de la pluie et de l’orage qui approchent et la sècheresse du rocher rouge où il n’y a pas d’ombre, et où les oiseaux parodient les bruits des cascades.

J’en suis réduite à voyager ainsi – mais loin de voyages par procuration, ceux-là sont bien plus indicibles et cosmiques que ceux qu’on peut effectivement réaliser. C’est presque trop facile désormais de partir physiquement (et j’ai bien dit presque – qu’on ne me reproche pas de ne pas nuancer).

A se demander si les Transparents existent encore de nos jours.

Feb 26, 2009

Nedjma, Delfica et autres fantômes - 1

La perte. La perte, et la recherche. Un nouvel Orphée, qui descend dans les Enfers, et en revient, les mains vides apparemment, mais riche quand même de cette traversée impossible. Des vers qui reviennent lancinants, parfois même par strophes entières – et alors on se dit que si Nerval a fini fou, pendu à un lampadaire, sans avoir retrouvé sa voix – au moins en a-t-il transmis le fantôme aux générations suivantes.

A Kateb Yacine, par exemple. Prémices de fraîcheur…

Feb 21, 2009

La parole en archipel [Char]

I listen to the song over and over again, feeling your presence that way. I almost cried when the movie ended, even if it was a happy ending, just because it was the ending. Now the song connects me to the world I have to cross each day - to go to school, to go grocery shopping, or even to go across the street to a friend's - humming it, I feel more alive. It's like with the white cloud trails that follow an airplane - with the music, I imagine that there must be someone - someone - humming it somewhere else, and feeling the same way I do. My fuschia-colored umbrella keeps me sheltered from the rain as I skip around and between puddles. I feel like reading every book, watching the movies I love, listening to all the song I find so pleasant. With the coming of Spring, I ask less questions - rather keep them to myself, and find out on my own. Yesterday, I finished L'Ecume des Jours by Vian, and I felt like dying with a water lily flower in my lung, so that I would see if you would really miss me. I want to see sunsets in tropical islands, eat ice cream, go elsewhere. Perhaps with you, perhaps not - it all depends on you now. The song sometimes materializes itself, and we chat like old friends. And yes, I do believe in happy endings, even though things never end.

Feb 14, 2009

Le Reste du Temps

Aujourd’hui, pain d’épices et ciel bleu.
Quand j’ai ouvert ma fenêtre ce matin, il faisait un peu froid, mais il y avait quand même une odeur de printemps.

Il paraît que ça ne va pas durer longtemps.
(Et le premier qui me parle de la Saint-Valentin, je l’oblige à… à traduire la Nouvelle Héloïse en pakistanais. Je sais, le châtiment du siècle, vous en tremblez déjà, mais je me sens d’une humeur à être sérieuse là, vous ne pouvez pas savoir.)

J’aimerais m’endormir et me réveiller cet été. Préférablement mi-juillet, dans les Pyrénées. (Et là, clin d’œil aux K de Watteau, vous remarquez le jeu subtil d’assonances disséminées dans le texte – c’est Nerval qui commence à tout influencer.)

Je suis sous perfusion sanguine. Pour remplacer mes globules rouges avec du ciel bleu.

Feb 12, 2009

But now I know I'm glad I came...

La bougie cranberry-mandarine : lorsqu’elle est allumée, la cire liquide prend une teinte groseille sublime.

J’ai écouté une version jazzy-cubaine de la Lettre à Elise qui m’a rendue heureuse, je ne sais trop pourquoi.

J’ai juste un peu peur que la vie – cette jolie boule de verre un peu iridescente, n’est-ce pas – se fêle un peu trop vite. Je me trouve très gauche, très maladroite.

Le bleu envahit tout dans ma tête, il adoucit et guérit, ça fait du bien.

J’ai envie de voir les étoiles.

Like a butterfly in a hurricane…’ Je prendrai le train en marche – j’ai l’habitude.

Feb 6, 2009

These are the great times to come

« See, there are moments for everything, especially to tell you that you still haunt me, like a peculiar muffled melody that strains on tired heartstrings. I try to imagine what your voice sounds like but all I can hear is the piano downstairs and notes running as if on still water; I try to picture your face but all I can see is an imperfect calligraphy, ever a-dissolving into rare and precious colors. Do not ask me if I can sing or dance for you – I have not the makings of a perfect heart (or is an unfinished, a half-heart what you are looking for?) but I could try to wake up butterfly-veins and read your future in my palm. Rain and words are what unite us, for they have no more substance than we do, always slipping out of each other’s grasp, as if this were just a game. But bound I remain, to something I have not claimed my own – shall I soon depart for more stable ground? I do not know, and if I did, I would soon leave anyway. Your lips, as I try to imagine them, have a taste of clouds and summer, something that belongs to Tuscan poppy fields or lone twilight beaches at the end of the world. Perhaps one day will see us breath against breath; but for the moment, to fill up the absences, I will stand under the rainfalls, head raised, asking for sunlight and tangling up breaking clouds in my fingers and hair. »

Feb 2, 2009

Photos-Souvenirs

Vendredi. La classe ensoleillée à 16h, pendant le cours de philo. L’impression, pour une fois, de sentir une trouée dans les nuages. Samedi. Paris-Diderot. La nouvelle qui arrive au niveau du périph – il y aura un vide pendant cette journée, les amphis à 700 personnes pour 400 places, le monde, l’esbroufe de la prise de notes à l’ordinateur pour certains, la chaleur, mais aussi le prof qui a des allures de Gavroche [casquette, grand manteau, galoches, écharpe au vent], l’attention que tous manifestaient, les moments captivants, le témoignage bouleversant de l’ami de Kateb. Tout de même, la joie de partir le matin avant tout le monde, de ressortir à l’air frais, de faire des méandres dans les rues, plan à la main, pour retrouver la station de métro. Et puis Elle, la crêperie, les fous rires – la preuve de la rencontre de deux K, c’est que le seul sujet de conversation, eh bien, c’est la K. Mais qu’est-ce que j’ai pu rire… Le regret de quitter Paris, tout est dans le fugitif. La flemme tout le reste du weekend, l’immersion dans la musique pour oublier et pour se souvenir. Lundi, on reprend, on recommence, toujours. La neige, aussi brusque que fugace : au petit matin, le ciel expirait des flocons qui semblaient flotter de nulle part. A midi, la blancheur était déjà souillée par les points de rouille des mégots de cigarette, la boue brune et mi-liquide dans les rues. A 16h, il ne reste quasiment plus rien. Je n’ai pas encore révisé l’histoire pour mercredi, les devoirs s’empilent, mon bureau ne ressemble plus à rien sous les feuilles, livres et autres… objets non identifiés qui s’accumulent. Pour pallier les vacillements trop intenses, les vertiges trop ténus, j’ai acheté une nouvelle carte postale, celle qui ressemble à un marque-page et qui montre des paysages du monde entier. J’ai tellement de cartes postales que je commence tout doucement à tisser des espaces, à coudre ce qui pourrait avoir l’étoffe d’un monde. Mais je n’ai pas les mains assez habiles, l’aiguille me pique trop, et mes doigts sont rapidement en pièces. Cela viendra, j’espère.

Jan 24, 2009

Le livre d'heures [d'hiver]

L’hiver, ici. J’aime au final ces heures sombres qui portent bien leur nom en anglais – twilight, betwixt the light – car elles précédent l’aube et suivent le crépuscule. Le matin, en salle 107, cours de thème du vendredi. Dehors, les bâtiments, la chapelle d’en face, les arbres et le ciel se confondent dans des écharpes de bleu nuit – mais à une fenêtre, dans l’interstice entre encadrement et rideau, une seule ligne dorée. Bougie ou lustre ? On n’en saura rien. Il pleut et vente toute la journée, les rues crient comme des banshees. L’après-midi est déjà entré en collision avec le soir quand je sors du lycée ; la chape des nuages est de nouveau d’un bleu sombre et elle recouvre tout, sauf à l’ouest : entre l’autoroute et les nuages, une bande de ciel, jaunie-orangée par le soleil couchant, très claire entre les arbres. Là-bas – aucun nuage, et le soleil est allé se coucher derrière un immeuble. La sensation qu’il faudra toujours chercher l’horizon, parce qu’ici n’est jamais là.

Jan 17, 2009

Cascabelles et Mississippi

Bavardage. Elles gaspillent leur souffle, ne voient pas que de parler ainsi les rapproche toujours un peu plus vite de la mort au moment même où elles ont l’impression d’en être le plus éloignées. Une parole qui s’éparpille, qui n’est soudainement plus rien, un simple hochet qui finit par résonner comme une cascabelle dans l’esprit.

Ici, la neige a disparu depuis longtemps, mais le froid persiste en demi-teinte. Bien sûr, il ne fait plus -5° mais la terre ici a encore besoin d’un peu de gel. Eliot l’a bien dit : « April is the cruelest month of the year, breeding lilacs out of the dead ground… », avec la voix rauque et traînante. La pluie a tout balayé, mais n’a apporté même pas un semblant de ‘chaleur’. Cet après-midi, le soleil est là, avec du vent, et tout le jardin est constellé de gouttes d’eau. Je n’ai jamais ressenti un tel besoin de printemps, si fort et si précoce. J’ai peur que le Prunus ne refleurisse pas, et j’ai peur que le printemps n’arrive pas assez vite. J’ai envie de crier que je me sens vidée, incapable de continuer, que j’ai besoin d’un nouveau souffle, et vite. Encore le désir de partir, pour tout laisser de côté. En écoutant Cabrel, l'envie d'aller faire un tour vers la cabane du pêcheur.

En attendant l’équinoxe, on tente un hiatus avec l’écriture.

We’re reading Faulkner, As I Lay Dying, and I can’t help seeing a reflection of one’s soul in it. The tale of the slow, insidious shattering of a family after the mother’s agony and death, As I Lay Dying is told in a strictly polyphonic manner, and the seemingly obvious reality of the Mississippi county is eventually caught in a spiral of questions as each character’s subjectivity, sometimes going as far as solipsism, emerges and asks to be considered as an authority.
The departure of one member of the family is enough to unravel the other characters’ frantic thoughts as the mother was probably the only thing holding them together. In this respect, the departure of the mother implies the appearance of family secrets that give at least a partial explanation to the latent tensions. Jewel was his mother’s favorite – her ‘gem’ – but all along, he is thought to be the most uncaring, insensitive child: the jewel’s beauty, conceived in adultery, is coupled with a violence that the young man will never be able to shove aside completely; but he does prove the gossiping neighbors wrong when he is the one, at the end, who rescues the mother’s casket from the barn fire. Dewey Dell, after dealing with her mother’s death, has to deal with another life that she did not want to see appear: the result of her relation with Lafe, a relation she tries to keep secret but which she suspects Darl has already guessed the existence of. Darl, her older brother, probably knows many things, as is indicated by his having the most sections in the book, though he is rarely present as something more than a silhouette. He is the one that has the most acute eye for details, the most prone to speak a poetic faulknerian language, even though he is no more educated than the others. He is the one we are led to trust as the most reliable narrator, and he is the one who will become crazy in the end.
One of the striking features in this novel is the discrepancy between the uncouthness of most characters and their ability to put into words – even if it’s nothing more than some confused gibberish – the sensations they get from watching the landscape, or witnessing the situation. This discrepancy is coupled with another one between the characters’ poetic capacities and their complete inability to communicate among each other – excepting, to some extent, the communication ‘without the words’ between the three siblings Dewey Dell, Darl and Vardaman, who almost become ‘twins’ in the way they express themselves when possessed by the identification with their dead mother. When most characters have to exchange information, their words are stripped down to the barest minimum, leaving almost skeletons of words that mirror, in a Shakespearian reminiscence, the influence of a barren, overpowering landscape on the characters that are mere prisoners of the wider drama of the elements.
But of course, there is no need for suspension of belief, or any novelist trick like that – what Faulkner aims to show here, among other goals, is that even though people seem to be unable to use the normal, everyday language to communicate and, more importantly, express themselves, that does not mean they are not able to ‘enjoy’ a wide spectrum of sensations and/or feelings that they can word into their own language (which does not necessarily pass through words).
All this to say that the novel almost vibrates with a kind of desperate energy, desperate to grasp the true essence of humanity, one that would go beyond any philosophical systematization, one that would prove that fiction is a perfectly relevant way to consider what it means to be human, ‘too human,’ would have said Nietzsche.

Dec 25, 2008

Ici.

« Joyeux Noël
Merry Christmas
Feliz Navidad »

Un Noël qui passe tout doucement, sans faire de bruit, sur la pointe des pieds. Il n’y aura pas de neige cette année, et le rituel est bouleversé – Père Noël est passé pendant le Réveillon, et le Jour de Noël paraît extraordinairement solennel, avec la famille et les invités, et le déjeuner qui aura duré environ 2h45 (stricto sensu, pour les ‘enfants’. Pour les ‘adultes’, comptez une demi-heure de plus). Ici, la vallée est entourée de montagnes est une boule de verre qui protège un univers fragile, éphémère. Nous partirons sous peu, fêterons la Nouvelle Année dans un pays qui n’est pas le mien, dans un monde où, parfois, j’étouffe.

Mais il y a toujours le froissement du papier cadeau qu’on ouvre, le craquement du feu de cheminée, les cadeaux auxquels on ne s’attend pas, les moments de fous rires, les journées consacrées aux Beings, les jolies tenues qu’on essaie pendant des heures, et puis les montagnes, le ciel très bleu hier, la neige au « Prat », les poinsettias, le feu de cheminée, les films de Noël, et l’envie irréductible de rester dans un endroit où le temps est suspendu, où l’esprit est apaisé, où l’on aurait envie de s’envoler vers le sommet de la montagne d’un blanc immaculé, là, tout là-bas, à l’horizon, et cette impression que jamais demain n’arrivera puisqu’aujourd’hui est bien trop beau, la sensation qu’on ne peut jamais étouffer ici. La vie est ténue ici, non qu’elle soit fragile en elle-même, mais elle tourne autour de petites choses, de silences. J’irai à l’église du village en fin d’après-midi, pour apprendre à écouter de nouveau ce silence.

Et ce qui me manque le plus dans le Nord, c’est le ciel bleu d’ici. Bleu, comme le jazz, comme le papier cadeau chamarré, comme les pointes des bougies, bleu comme la couleur des rêves.

Dec 13, 2008

Scrapbook #1

« The day I realized she was beautiful was also the day I began to feel like a puppet, with a soul too small for its wooden body, too lithe for its wooden limbs. That day she told me about reality, saying it was just outside the door, I asked her if I was real. She answered, ‘Yes, of course, dummy. We are all real. Why wouldn’t you be?’ I turned away. »

Je lis CLAMP [Tsubasa Reservoir Chronicles & xxxHolic]. Je mange des poivrons rouges, des clémentines, des chocolats. J'écris un peu n'importe quoi. Je voyage en esprit: à NYC, à Frisco, au Japon - et des endroits où il n'y a personne. J'essaie d'apprendre à comprendre la calligraphie des veines, même si mes mains sont de plus en plus souvent froides. J'ai envie de de danser dans la neige. Je rêve de beaucoup de choses, je construis des mondes, je parle à des absences, je discute avec des fantômes. Je pense à [lui]. Je note ce que j'entends, les bouts de conversation saisis au vol. J'en fais des 'scrapbooks.' Je ne me sens pas de réviser.

Et j'ai commencé le rite khâgneux du Concours Blanc ce matin, avec 5h de géographie.

Dec 6, 2008

comptine d'une après-midi d'hiver [vrac]

Les journées d’hiver s’enchaînent, sans neige, en tourbillons disloqués. Le froid aplanit tout, lisse les surfaces, écrase les volumes – tout en ne retenant que quelques points de couleur qu’il dilate, pour masquer la nudité et l’étiolement du reste.

Les réminiscences pêle-mêle de cette semaine : les croissants de lune le soir, le rituel du jeudi soir, les clémentines – et puis les invités du vendredi soir, après 9h30 de cours, les éclats de rire et les pics de fatigue. J'apprends le froid et l'irrésistible envie de se fermer que les paupières ont toujours au mauvais moment.

Et puis les macarons [chocolat, citron, framboise] qu’on mange sans réfléchir, les arômes de chocolat chaud et de cannelle, les ongles qu'on lime le soir en écoutant Gershwin [Rhapsody in Blue].

Le salon de la maison face à ma fenêtre semble être une alcôve, une avancée circulaire du mur. Les fenêtres sont de taille moyenne, et à présent, quelques lumières – un petit point orange qui ne vacille pas – les entourent. Je crois qu’on peut même voir un sapin à l’intérieur.

Enfin, ce matin – pause coiffeur. J’aime ce petit salon – à présent entièrement décoré de rameaux de sapin et de boules argentées. Les odeurs, dont celle de la laque, y sont particulières – douces, apaisantes, familières, réconfortantes. Je suis revenue chez moi à pied, profitant d’un ciel encore dégagé, d’un bleu ténu et presque cristallin. Crochet par la boulangerie [Banette Legrand].

En fait, j’aimerais être une de ces danseuses minuscules de porcelaine qu’on trouve dans les boîtes à musique – vous savez, ces boîtes qui, quand on les ouvre, laissent échapper une mélodie presque obsédante, et la danseuse, pendant ce temps, tourne sur elle-même dans le velours rouge de la boîte. Voilà, une danseuse de porcelaine qui a toujours dans la tête les airs d’Amélie Poulain.

Note to self – and to the a.a.: fine. I’ll stop talking about [J]. But it’s still killing me inside.

Dec 1, 2008

Avoid the eyes

[It's as simple as one two three
As simple as that.

And I wish I could tell him everything
Everything that's on my mind.]



Ce week-end, ce fut les crêpes, et puis la catabase dans Nerval. Je dis bien catabase, car il me semble que dans les Chimères, sourd une lutte terrible contre la mort. Mais pas la mort habituelle - plutôt la mort qu'est la folie médicale, cette dépossession de soi-même. Voilà pourquoi Nerval refusait d'être fou, ou du moins, refusait de voir sa poésie comme le produit de sa folie. C'eût été nier sa propre capacité à écrire, son propre talent.

Ce fut aussi le week-end de résolutions, sensées ou non, afin de cesser d'étouffer, de pouvoir respirer un peu plus. Créer un espace où les perspectives puissent insuffler un peu de vie dans ce sang qui se fige un peu trop vite, afin qu'il aille irriguer les plus fines veinules, amplifier les moindres sensations. Tout est dans le 'un peu' - jamais de superflu (car ce corps qui prend déjà trop, trop d'espace... et ceux qui disent le contraire ne comprenent pas sa géométrie particulière).

Je ne supporte pas de laisser tomber. Ni les choses, ni les gens. Mais parfois, il faudrait apprendre à échouer. Ou plus exactement, à s'échouer. Se décevoir soi-même pour rendre tangibles à ses yeux ses propres limites. Et faire l'expérience d'un oubli interne, s'échouer sur une grève inconnue ou oubliée de l'esprit, afin de se reposer quelque temps. Je reprendrai jeudi donc, les mains un peu tremblantes, le regard un peu noyé. Le froid de la nuit, les étoiles comme des points de diamant parmi les sapins, tout cela se chargera assez bien de mettre un peu de baume si les plaies se sont rouvertes. Et info pour les abonnés sarrasins: les ambulanciers ont commencé à allumer les lumières de Noël à partir de 17h. Et moi, j'ai envie de crêpes, de Nutella, et d'allumer une bougie sur le rebord de la fenêtre, en attendant minuit, et la lune.

Nov 26, 2008

theaters


la neige se veut tenace - s'agripant aux recoins sombres du jardin.

mais en vain - le jardin est revenu à sa couleur d'un gris-vert sale. ses imperfections qui avaient été dissimulées par la neige résurgissent à présent, cicatrices séchées. et les roses se sont brisées comme du verre.

il y a encore le problème de ta voix, de ton odeur. je ne sais toujours pas quoi en faire - les mettre dehors avec le reste, ou les laisser quelque part sur l'étagère, entre les matinales et débarcadères.

les bijoux qu'on laisse sur la commode, nina ricci, le sable de monterey (ta voix, ta voix) et puis les musiques qui s'entrechoquent, un tintement distrait: gershwin, satie, brubeck, et puis arrangement pour piano 4 mains de rachmaninov de la belle au bois dormant de tchaïkovski. j'ai eu envie de regarder les aristochats.

les goûters ces temps-ci: chocolat chaud, pâte d'amande, mandarine. je fais dans la miniature, voire le minimalisme, une orfèvrevrie du temps en somme. commencer une calligraphie des corps. (even if that body takes up too much space - that awful, clumsy body.)

"Anyone who has ever seen anything happen on a stage – anything – knows that a theater is so full of magic that after years and years of opening nights there must be magic enough to last forever in its walls."

(Clin d'oeil to my Hopper friend. Cynthia Rylant, The Van Gogh Café)

Nov 23, 2008

.


[Snow roses. Startling points of color in the black & white hushed landscape.]

Nov 22, 2008

esprit nei-gisant.


pendant toute la journée, par intermittences: la neige.

on lève la tête du thème d'anglais (nana, zola) à 9h36 et: la neige.

en gros flocons mouillés, qui fondent immédiatement.

les mandarines juteuses, dont l'intensité du parfum est inversement proportionnel à la taille. prendre les plus petites, celles dont l'arôme est juste ce qu'il faut de sucré, celles qui ont le plus de saveur, des soleils en miniature. à déguster avec un carré de 1848 (non, pas la 1ère date du programme d'histoire de lyon) aux éclats de noix de pécan grillés.

à 17h12 sur la place d'armes, les flocons étaient violets avec les lumières des décorations.

les décorations au centre commercial, le jazz et les chansons de noël, le grand manteau gris, les lumières la nuit sur la place, le monde, et toutes les choses qu'on rêve de faire, mais qu'on ne peut pas faire, parce qu'on fait du shopping avec les parents [chocolat chaud, boutiques de déco, achat de livres et de cartes postales-marque page, bottes], l'espoir insensé de l'apercevoir dans la foule, entre deux flocons.

mais rien, toujours rien. juste la neige, qui fait du bien, qui apaise.

[I want you, you, you / I want you to look at me / in the eyes / and dance / with me - always.]

Nov 21, 2008

à peine éthérée

On en vient à haïr ce corps qui prend trop d'espace.
L'esprit est plus leste, plus agile, plus souple : à lui seul des ailes poussent, lui seul connaît les plus grands vertiges et les plus infimes connections, lui seul résiste à la pression, fugitif, insaisissable, irréductible.
Il trouve son harmonie dans un glissement perpétuel, provoque des collisions nucléaires entre désirs et raison : tout est dans la recherche. L'idéal - simplemnt une poignée de sable qui tantôt se fait, tantôt se défait - toujours au gré du vent.
Préférer le manque à la satiété, voire le trop-plein : tout superflu étouffe le mouvement, pèse sur les vibrations, obstrue les lignes de fuite. C'est le cube replié sur lui-même, qui s'opacifie lentement au fur et à mesure que le statisme s'installe.
Mais le manque leur fait peur. L'attrait du vide leur paraît le signe malsain de l'auto-dépréciation.
Alors on regagne le silence, comme toujours, pour continuer à repriser les accrocs dans l'atmosphère; on sourit à leur bonheur et on attend la prochaine pluie pour fermer les paupières, et dormir un peu enfin.

Nov 20, 2008

Et puis voilà

L'espoir, c'est une seule étoile un soir d'automne. Ou trois notes de musique qu'on fredonne sans le savoir, un refrain auquel on se raccroche.
Son regard et son sourire, fugitifs:
Il n'y aura pas de salsa ce soir, pas d'oubli pour deux heures. L'espace d'une seconde, on maudit, les dents serrées, le théâtre de la semaine dernière.
Les sapins rachitiques ont bien fini par écarteler les étoiles d'automne. La mélodie se perd entre deux absences. Tout, tout part en fumée; il n'y a plus que les lumières de Noël chez les ambulanciers qui brillent déjà. On repartira demain, les mains dans les poches, le petit nuage de vapeur se formant autour des lèvres, la ligne d'horizon à l'est légèrement bleutée, l'air de rien. (Harp on it 'till heartstrings break!) Il faudra sourire. L'attente est longue, les paupières lourdes.
La solitude est finalement l'amie la plus fidèle.
Et même les clémentines qui laissent leur parfum sur le bout des doigts ne font plus rien.

Nov 14, 2008

Ou comment tout se tient

Soirée épique.

Le Tartuffe, au théâtre de Lille, hier (jeudi) soir.

Le trajet en bus, et les compositions à quatre voix ; la nuit qui s’avance en nappes amples ; la lune très ronde ciselée par les arbres.

La Grande Place, la ville la nuit, le chocolat chaud.

Les billets, la répartition des places, les points de relief pendant les quelques minutes juste avant. Les parfums, les éclats de voix, la chaleur ambiante qui feutre toutes les sensations.

Les spéculations et rebondissements en tout genre. L’affaire JL fut vite expédiée – au grand désespoir de certaines. Mais d’autres ont dû avoir quelques souffles au cœur ce soir-là…

Un décor minimaliste et moderne pour une représentation époustouflante. La salle est devenue bulle de rire.

[Mais une soirée là-bas voulait dire une soirée sans J.]

Le retour, le reflet dans la vitre aimerait bien rentrer dans le bus, où les lumières bleues sont petites et douces.

Le blues est un vieil ami, disons même, un frère jumeau.

PS to my Hopper friend: the ideas are coming. The writing will be over for tomorrow evening, with some luck.