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Aug 12, 2009

Où Satie rime avec délire, divagation, association aléatoire d'idées, et photographie (mais c'est moins flagrant)

« Ouvrez la tête. »

Prenez le tableau magrittien que voici : l’écolier près de la fenêtre, les yeux embués de soleil, la moitié supérieure du crâne ouverte, d’où s’échappe d’une cage, un oiseau. Pascal Quignard parlait de hache. Kateb Yacine parlait de couteau. Partout, la naissance est un phénomène violent, douloureux même. Je me souviens que toutes les naissances que j’ai pu vivre ont été accompagnées, pour leur part, d’un sous-phénomène de la violence, celui de la nausée ou d’un spleen très profond, quoiqu’incapable de se dire lui-même. Le vague sentiment d’un haut-le-cœur dans l’avion qui emmenait aux Etats-Unis s’est reproduit presque à l’identique lorsqu’il fallut le voyage aller-sans-retour dans le chemin inverse, vers la Belgique. Plus matériellement, la naissance du petit frère – ce fut la nausée liée à la maladie de la mère ; le vague sentiment que quelque chose se terminait là-dedans autre que ma période d’enfant-reine ; peut-être déjà le pressentiment qu’il y avait un fantôme entre lui et moi. Même les premiers essais véritablement sérieux dans le domaine de l’écriture : ce fut un poème sur un tableau de Hopper, première année en Belgique, premier mois de 3ème. Ecrivez, à partir du tableau suivant, un extrait de roman, une pièce de théâtre, une réflexion critique, et si vous le voulez, un poème. Le poème arriva tard dans la nuit, dans une chambre qui n’était pas (et ne serait jamais) la mienne : un puits de fatigue. Ce fut aussi une série de poèmes sur les Trois Gymnopédies de Satie : le premier brouillon fut rédigé en voiture, quelque part entre Campan et le Pic du Midi, avec une impression de malaise indéfinissable qui fut dissipée une fois sortie de voiture.

« Seul, pendant un instant. »

Ce qui importe, pendant ces moments de naissance, c’est que finalement, on est seul, autant qu’aux moments de mort. Instant fugitif, certes, mais qui creuse toujours un peu plus une plaie, un abîme, un vertige, un vide. Dès lors, les déracinés sont toujours en proie à un vacillement perpétuel ; véritables équilibristes des falaises, ils ont connu tellement de naissances (et donc autant de morts) qu’ils savent que tout le sens peut tenir à un coup de ‘d’…

« Superstitieusement. »

On peut en effet chanceler devant un lancer de dé(s). Si Dieu est un fumeur de havane, il peut également être un grand joueur ; et qui sait si nous ne sommes pas sortis tout droit de la roulette russe. [A propos, pour traduire un dé en anglais, on dit souvent ‘dice’ – alors que cette forme n’est normalement que le pluriel, le singulier étant traditionnellement ‘die’. Etrange homophonie.] Pur hasard ou produit nécessaire d’une combinaison de paramètres qui, s’ils étaient entièrement prédéterminés, ne laisserait aucun doute sur le résultat du lancer ? Le cas échéant, on revient à Mallarmé. Un coup de dés jamais n’abolira le hasard.

« Postulez en vous-même. »

Postuler, ou faire le vide, pour mieux plonger. La répétition incessante (« Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses ») pour mieux faire le vide ? (Vexation.) Ou bien faire le « blanc » (Socrate). Il s’agit avant tout de reconnaître notre complexité interne. Si nous avions la chance (ou le malheur) d’être une simple vexation, reproduite à l’infini (840 fois peut s’en rapprocher), les choses seraient certes plus simples, mais alors peut-être seraient-elles aussi trop cliniques, trop nettes, trop prévisibles.

« Très perdu. »

Si vous l’êtes à ce point, je le suis tout autant que vous (l’intuition est là, dirait mon professeur de philosophie, mais bigre ! quel manque de clarté !). Si vous ne l’êtes pas, je vous suis reconnaissante d’avoir tout suivi. « Ouvrir la tête », il faut le faire, et nous avons déblayé du chemin, mais il reste encore pas mal de ronces et d’orties là-dedans, de liserons qui, tout en semblant très jolis, prennent un malin plaisir à parasiter et étouffer ce qui est autour d’eux. Comme tout ce qui a précédé reste, somme toute, assez théorique, et ne constitue, à certains égards, qu’une condensation de divagations, venons-en aux faits (comme disait un de mes professeurs qui avait la manie de taper du poing sur la table après avoir prononcé cette phrase.)

« Munissez-vous de clairvoyance. »

Erik Satie portait des lunettes. Si cela a modifié en quoi que ce soit sa perception du monde, il n’en reste pas moins qu’il avait une lucidité d’esprit que bien peu partageaient. On l’appelait le Velvet Gentleman, Monsieur le Pauvre, le Gymnopédiste. Il était considéré comme excentrique. On retrouva après sa mort, dans son appartement où il ne laissait personne entrer, un grand nombre de parapluies notamment, certains inutilisés. Bien qu’il ne demandât presque jamais de l’aide à ses amis, il connaissait bien la misère qu’il appelait « la petite fille aux grands yeux verts ». Ce portrait ne lui rend pas justice, mais c’est le seul que j’ai réussi à esquisser après écoute de ses Gnossiennes. Quelques détails peut-être superflus, mais chez Satie, ce sont les détails qui comptent : Gymnopédie 1, 2, 3, c’est du pareil au même, non ? Raté. Les variations sont, peut-être, infimes, mais elles ne comptent pas moins, de même que les indications que Satie donnait en en-tête de ses partitions. Lent et triste, grave, douloureux. Pourtant on ne peut en venir à répertorier toutes ces variations. Il faut les avoir en tête, sans en faire le décompte. Dresser un inventaire, ce serait dessécher la musique, la rendre aride. Et après tout, ce qui reste des Gymnopédies, c’est surtout un air lancinant, une mélancolie qui hante. A croire qu’entre variations minuscules (mais non moins signifiantes) et identité stricte, Satie voulait cultiver le mythe, la contradiction jusqu’au bout.

« Léger comme un œuf. »

On dit de Satie que ses œuvres sont monotones, répétitives, avec la même puissance créatrice qu’un métronome bien réglé (c’est-à-dire quasi nulle), tout comme on dit qu’elles témoignent d’une grande acuité d’esprit et d’une grande sensibilité aux plus infimes déplacements de souffle. Bien évidemment, partiale comme je suis, je me range parmi les seconds, même si j’hésite à l’exprimer en ces termes. Satie n’aurait sûrement pas voulu qu’on jargonne trop à son sujet, même s’il prenait très au sérieux les aspects en apparence les plus fantaisistes de son œuvre. En fait, ce qui le caractérise le plus, c’était peut-être la légèreté – aux antipodes de la frivolité. Non, il faut prendre ce mot dans son sens le plus physique : une musique de Satie ne se pose pas, elle demeure en suspens, flotte dans l’air, reste à mi-chemin entre incarnation à travers l’instrument et pure virtualité de la partition. Légèreté aussi dans le regard, comme en témoignent les photographies qu’on a pu avoir de lui : il y a un sourire, une étincelle amusée dans ses yeux, et cela quelle que soit la photo.

« Comme un rossignol qui aurait mal aux dents »

Finalement, le mot qui vient à l’esprit, c’est métaphore. Poésie, par association d’idées. Il s’agit de ne pas trop peser sur le monde autour, tout en relevant les prétendues discordances, souvent bien dissimulées et qui pourraient bien constituer une autre harmonie, dans un autre tempo. Le meilleur exemple serait une photographie, pour prendre ce domaine, dont vous ne sauriez si le sujet est papillon ou fleur de cerisier : ce serait d’abord une corolle ouverte, prête à s’envoler. Le rossignol qui a mal aux dents ne pourrait chanter à priori, mais il s’agit de faire comme si – de regarder, écouter, créer comme si. Toute création est ainsi, tisser des ponts – ou les révéler – au milieu de l’assemblage hétéroclite que paraît être le monde. Bien sûr, on ne réussit pas du premier coup. Peut-être question de hasard, de roulette russe. Encore une fois, il faut savoir ouvrir la tête.

« Reprenez, avec politesse. »

Bien. Comment avoir, sur un appareil photo, à la fois une vue panoramique et un zoom sur les moindres détails ? Question à reformuler pour tous les arts ; mais ici, c’est la photographie que j’ai choisie pour une raison toute simple : comme je pars à Lyon, Papa m’a offert un (bel) appareil photo. Il savait bien que j’aimais lui piquer le sien quand je pouvais. Finalement, c’est le cadeau idéal – littéralement et symboliquement. Les horizons s’agrandissent, brusquement. Il faut pouvoir stabiliser, et intégrer cet élargissement jusque dans son être même. D’où trouver d’autres formes d’expression. On a des idées en germe : des séries de photos-haïkus, des jeux sur l’angle de vue, sur la lumière. C’est surtout la lumière en effet qui va importer : on recherche surtout l’œil impressioniste qui saura apprécier chaque reflet dans toute sa singularité. C’est cela aussi, Lyon. Après la concentration extrême sur un objet, sauter à pieds joints dans autre chose, qui serait à la fois le même et différent. On dit qu’à Lyon, à cause des usines, il y a des problèmes de pollution. Et pourtant, j’ai l’intuition que ce ne seront pas les bouffées d’air frais qui vont manquer.

May 30, 2009

The Fine Line

Quand on a la poisse...

Magnifique mail de l'ENS jeudi soir, afin de nous prévenir qu'en raison d'une "erreur humaine", certaines copies avaient été perdues. Dans un grand élan-zet-souci d'équité, nous repasserons donc l'épreuve de géographie samedi prochain.

Et moi, naïve, qui pensais que le week-end de Pentecôte allait être long et non-studieux.

La phase d'hystérie est finie, quand même. Après les larmes de dépit, de frustration, il y a le silence radio résigné de l'esprit, du coeur. Une impression nébuleuse que tout ceci est un mauvais cauchemar.

A part cela, les roses fleurissent, un peu de baume au coeur. Les iris promettaient aussi d'être beaux, mais la tempête d'il y a quelques jours les a fauchés. Je mange des macarons, je lis Le Clézio, des récits de voyage en Grèce et autres pays intensément lumineux. J'écris, aussi. La vie semble se ralentir. Et le ciel est bleu, bleu.

Mais aucun bleu ne pourrait être aussi intense que celui du ciel de Saragosse, sous un soleil de début d'août. Ce sont des souvenirs pareils qui gardent en vie, finalement, qui maintiennent le pouls dans sa torpeur.

May 3, 2009

Interlude

C'est fini. Vendredi le 25/04 - fin des écrits. Et puis là, ce sont les vacances qui s'achèvent - qui eût cru que les vénérables et vénérés professeurs de K nous eussent ordonné de ne rien faire? ("Vous me promettez, vous ne touchez ni à un stylo, ni à un livre!" Mais bien sûr.)

En attendant demain 14h, reprise des cours (même pas allégés de la philo, l'histoire et la géo, puisque tous les profs ont déjà prévu de nous submerger de khôlles), je lis Char. Envie d'ailleurs, de minimalisme.

Et j'ai vu Howl's Moving Castle. Love it.

Apr 14, 2009

Bientôt

Et toute la machine infernale qui se mettra en marche


vendredi.


[Mais le cerisier est en fleurs, il ne donnera jamais de fruits, mais lorsqu'on ouvre la fenêtre, on sent déjà l'été, le sud, dans les lourdes corolles roses qui l'ornent; je relis Nedjma, je ne peux plus me séparer de ce livre, j'ai les équinoxes et les beings plein la tête, et puis, l'envie de voyager, revoir nyc, frisco, et toutes les belles choses de la vie.]

Feb 27, 2009

[Half] The Perfect World


Un peu de peine en haillons autour du coeur car il va falloir partir...



(Mais qu'est-ce que les montagnes sont belles...
On respire ici. Le printemps est déjà ici, avec son lot de parfums, de soleil.
Et demain, de nouveau voyage vers [l'étouffement].)




Feb 14, 2009

Le Reste du Temps

Aujourd’hui, pain d’épices et ciel bleu.
Quand j’ai ouvert ma fenêtre ce matin, il faisait un peu froid, mais il y avait quand même une odeur de printemps.

Il paraît que ça ne va pas durer longtemps.
(Et le premier qui me parle de la Saint-Valentin, je l’oblige à… à traduire la Nouvelle Héloïse en pakistanais. Je sais, le châtiment du siècle, vous en tremblez déjà, mais je me sens d’une humeur à être sérieuse là, vous ne pouvez pas savoir.)

J’aimerais m’endormir et me réveiller cet été. Préférablement mi-juillet, dans les Pyrénées. (Et là, clin d’œil aux K de Watteau, vous remarquez le jeu subtil d’assonances disséminées dans le texte – c’est Nerval qui commence à tout influencer.)

Je suis sous perfusion sanguine. Pour remplacer mes globules rouges avec du ciel bleu.

Feb 12, 2009

But now I know I'm glad I came...

La bougie cranberry-mandarine : lorsqu’elle est allumée, la cire liquide prend une teinte groseille sublime.

J’ai écouté une version jazzy-cubaine de la Lettre à Elise qui m’a rendue heureuse, je ne sais trop pourquoi.

J’ai juste un peu peur que la vie – cette jolie boule de verre un peu iridescente, n’est-ce pas – se fêle un peu trop vite. Je me trouve très gauche, très maladroite.

Le bleu envahit tout dans ma tête, il adoucit et guérit, ça fait du bien.

J’ai envie de voir les étoiles.

Like a butterfly in a hurricane…’ Je prendrai le train en marche – j’ai l’habitude.

Feb 2, 2009

Photos-Souvenirs

Vendredi. La classe ensoleillée à 16h, pendant le cours de philo. L’impression, pour une fois, de sentir une trouée dans les nuages. Samedi. Paris-Diderot. La nouvelle qui arrive au niveau du périph – il y aura un vide pendant cette journée, les amphis à 700 personnes pour 400 places, le monde, l’esbroufe de la prise de notes à l’ordinateur pour certains, la chaleur, mais aussi le prof qui a des allures de Gavroche [casquette, grand manteau, galoches, écharpe au vent], l’attention que tous manifestaient, les moments captivants, le témoignage bouleversant de l’ami de Kateb. Tout de même, la joie de partir le matin avant tout le monde, de ressortir à l’air frais, de faire des méandres dans les rues, plan à la main, pour retrouver la station de métro. Et puis Elle, la crêperie, les fous rires – la preuve de la rencontre de deux K, c’est que le seul sujet de conversation, eh bien, c’est la K. Mais qu’est-ce que j’ai pu rire… Le regret de quitter Paris, tout est dans le fugitif. La flemme tout le reste du weekend, l’immersion dans la musique pour oublier et pour se souvenir. Lundi, on reprend, on recommence, toujours. La neige, aussi brusque que fugace : au petit matin, le ciel expirait des flocons qui semblaient flotter de nulle part. A midi, la blancheur était déjà souillée par les points de rouille des mégots de cigarette, la boue brune et mi-liquide dans les rues. A 16h, il ne reste quasiment plus rien. Je n’ai pas encore révisé l’histoire pour mercredi, les devoirs s’empilent, mon bureau ne ressemble plus à rien sous les feuilles, livres et autres… objets non identifiés qui s’accumulent. Pour pallier les vacillements trop intenses, les vertiges trop ténus, j’ai acheté une nouvelle carte postale, celle qui ressemble à un marque-page et qui montre des paysages du monde entier. J’ai tellement de cartes postales que je commence tout doucement à tisser des espaces, à coudre ce qui pourrait avoir l’étoffe d’un monde. Mais je n’ai pas les mains assez habiles, l’aiguille me pique trop, et mes doigts sont rapidement en pièces. Cela viendra, j’espère.

Jan 12, 2009

Round Midnight

Au commencement, il y des choses qui tournent lentement sur leur axe.

Et l’envie désespérée de partir.

Mais comment fredonner Je Te Veux si personne n’entend ? De Satie, on passera à Gerswhin, et fermer les yeux, lentement. Il n'y a plus rien à dire, quand on passe maître dans l'art de l'invisibilité.

Jan 6, 2009

bref.

lundi je me suis réveillée à 7h j'ai fait mon sac à 7h30 j'ai oublié mon agenda mes gants et mon bonnet j'ai failli oublier mon portefeuille il avait neigé il faisait froid première note de français concours blanc = bâche midi dans les rues de valenciennes et que j'ai failli faire en patinoire le grand écart plus salto arrière le panini poulet du fournil de mon enfance à midi j'ai même la carte fidélité thème anglais puis dodo l'après-midi mardi le refrain maternel il fait froid couvre-toi résultat la tenue de sport hyper chaude et hyper pas confortable du tout j'ai corné mon bel agenda sans le faire exprès irrécupérables (l'agenda et moi) j'ai pas d'idée j'écris en plein cours d'anglais j'ai sommeil la cantine toujours égale à elle-même j'en ai marre oh et puis zut je veux dormir.
la rentrée, quoi.

Jan 4, 2009

Solitude Standing

« Quand on vit longtemps avec des fantômes, on finit par adopter leurs coutumes. »

Je nage en pleine crise. Les Beings se dérobent à qui mieux mieux, et je saisis maintenant les migraines dont peut souffrir un démiurge face au problème épineux de la création d’un Mônde. En plus les gens réclament un nom, quelque chose qui leur convienne. C’est qu’ils ont de ces exigences… Celui qui croyait que les avoir créés était raison suffisante pour les contrôler entièrement devait avoir sacrément picolé la veille. Je ne sais même plus en quelle langue je devrais écrire.

Je me suis racheté des cartes postales pendant l’après-midi resto-ciné avec A. Il faisait froid dans les rues de Valenciennes. Puis, de retour à la maison, la famille d’un ami à mon frère était là. Et quand eux sont partis, le ciel était noir, avec des reflets orange, et le ciel neigeait.

« Il y avait un grand vide, dans lequel une épine était fichée, et puis le vide saignait. »

Un vrai mois de janvier, tout ce qu’il faut de stérile, de gelé, de morne. Même pas une montagne ou deux pour purifier l’atmosphère.

Et puis il y a tout ce que j’ai à faire aujourd’hui et que je ne ferai pas. J’ai envie de croire encore (un peu) à l’infini.

« Après tout, on a beau connaître les bouquins, eux ne nous connaîtront jamais. »

C’est sûr qu’ils ont besoin d’être lus pour exister, mais ils n’ont pas besoin de nous singulièrement. C’est ça qui est un peu triste, dans la lecture. Le livre s’offre, mais il ne s’offre à personne en particulier. L’auteur écrit, il écrit pour nous tous, mais jamais pour nous en particulier, jamais pour nous qui apportons notre lot de qualités et de défauts, notre paquet de chair, d’os et de sang. Le vrai amour des livres est totalement désintéressé et sans retour. Eux sont en revanche dûment intéressés, nous pompant la vie jusqu’à la moelle, jusqu’à ce que la signification de ‘vie réelle’ nous échappe.

C’est ça, ou presque. Car on s’habitue à ces êtres légèrement vampiriques, qui donnent la même réponse, sans tenir compte de l’identité de celui qui a posé la question. On s’habitue aux fantômes turbulents d’auteurs et de personnages, qui finissent par apparaître en décalqué sur ce qui se passe autour de nous. Même chose pour les mythes, les légendes. Là-bas, avec les autres, on rit de ces croyances superstitieuses ; mais ici, quand il n’y a personne, on les cherche toujours, espérant les apercevoir.


On n’a qu’à aller casser quelques miroirs, histoire de confirmer la présence de ce « jinx » ; puis on ira écouter Lovers in Japan en attendant que le temps passe.

Jan 1, 2009

demain

« Ceux qui disent "demain" ne savent pas de quoi ils parlent. Demain n'arrivera jamais, n'existera jamais - carpe diem ou pas, c'est aujourd'hui qui compte. »
Je me plonge dans l'étymologie. Je décrypte, je dissèque, tout en veillant à ce que les mots conservent toute leur vitalité. Et je découvre que les mots sont en réalité des bijoux aux multiples pierres enchâssées, et que de connaître leur signification ne relève ni plus ni moins que du travail d'orfèvre.
Lorsqu'on crée des personnages, on accomplit un acte dangereux, celui de donner vie à une puissance autonome, et on court le risque de ne pas se faire obéir ("Dieu" l'a sûrement appris à ses dépends d'ailleurs). Et chaque pas en avant apporte à l'univers des couches de signification que l'on n'avait pas soupçonnées.
Et j'ai envie de partir.

Dec 26, 2008

Brief Escape

Je ne supporte pas l'odeur de la pâte feuilletée enduite de sucre glace qui est en train de cuire dans le four, même si j'aime les palmiers qui seront z-ainsi confectionnés.
'Fin, oui, j'aime les palmiers, mais pas à 11h du soir, après un repas hyper lourd, et pas avec les délires de la famille sur le palmito-jambon.
[retourne dîner en famille]

Dec 25, 2008

Ici.

« Joyeux Noël
Merry Christmas
Feliz Navidad »

Un Noël qui passe tout doucement, sans faire de bruit, sur la pointe des pieds. Il n’y aura pas de neige cette année, et le rituel est bouleversé – Père Noël est passé pendant le Réveillon, et le Jour de Noël paraît extraordinairement solennel, avec la famille et les invités, et le déjeuner qui aura duré environ 2h45 (stricto sensu, pour les ‘enfants’. Pour les ‘adultes’, comptez une demi-heure de plus). Ici, la vallée est entourée de montagnes est une boule de verre qui protège un univers fragile, éphémère. Nous partirons sous peu, fêterons la Nouvelle Année dans un pays qui n’est pas le mien, dans un monde où, parfois, j’étouffe.

Mais il y a toujours le froissement du papier cadeau qu’on ouvre, le craquement du feu de cheminée, les cadeaux auxquels on ne s’attend pas, les moments de fous rires, les journées consacrées aux Beings, les jolies tenues qu’on essaie pendant des heures, et puis les montagnes, le ciel très bleu hier, la neige au « Prat », les poinsettias, le feu de cheminée, les films de Noël, et l’envie irréductible de rester dans un endroit où le temps est suspendu, où l’esprit est apaisé, où l’on aurait envie de s’envoler vers le sommet de la montagne d’un blanc immaculé, là, tout là-bas, à l’horizon, et cette impression que jamais demain n’arrivera puisqu’aujourd’hui est bien trop beau, la sensation qu’on ne peut jamais étouffer ici. La vie est ténue ici, non qu’elle soit fragile en elle-même, mais elle tourne autour de petites choses, de silences. J’irai à l’église du village en fin d’après-midi, pour apprendre à écouter de nouveau ce silence.

Et ce qui me manque le plus dans le Nord, c’est le ciel bleu d’ici. Bleu, comme le jazz, comme le papier cadeau chamarré, comme les pointes des bougies, bleu comme la couleur des rêves.

Dec 22, 2008

[Only in]

Where can I watch "Tweety & Sylvester" in the morning, while eating Nutella crêpes, and watching the sunrise rise over the mountains and glide over the frosty garden?
With no partiality whatsoever, only at my grandparents', in Ariège. ^^
I'll be making at last a Christmas tree, getting ahead with my writing, going downtown to buy postcards and take pictures [Foix is a pretty town when it's all decorated], and, and...
I just want to stay.

Dec 19, 2008

Statistiques

Le temps est venu de déposer le bilan.

Le rituel khâgneux du Concours Blanc, familièrement appelé CB, s’est déroulé du samedi 13 décembre, à 8h, jusqu’au vendredi 19 décembre, à 14h.

Samedi : Géographie, 5h. Santé et environnement dans l’Afrique subsaharienne.

Lundi : Français, 5h. « Diderot semble vouloir combler la brèche entre l’image et le texte par un va-et-vient constant du mot à l’image et de l’image au mot et ce, même dans l’Encyclopédie qui oscille pareillement entre texte et planche. Il crée verbalement des images pour accompagner, comme en parallèle, les tableaux qu’il a vus : ces images supplémentaires contiendront souvent plus de détails que la description du tableau proprement dite ». Antony Wall, Ce corps qui parle. Pour une lecture dialogique de Denis Diderot. Montréal, XYZ éditeur, 2005, p.229. En quoi cette affirmation éclaire votre lecture du Salon de 1767. Ruines et paysages ?

Mardi : Histoire, 6h. Les libertés en France dans la seconde moitié du XIXe siècle. [En petit, en bas, a été rajouté : « Vous traiterez le sujet ci-dessus ». Non, sans blague.]

Mercredi : Spécialité, Thème Anglais, 4h. Extrait de La Conversation amoureuse, Alice FERNEY, 2000. [Une femme de 36 ans amoureuse d’un homme qui en a 72.]

Jeudi : LVA Anglais, 6h. Extrait de A Domestic Dilemma, Carson MacCullens, 1951. [Une mère alcoolo, et un père qui veut protéger ses enfants, ressent de la haine à l’égard de sa femme, mais finalement comprend ce qu’est toute la grande ‘complexity of love’.]

Vendredi : Philosophie, 6h. L’exigence républicaine est-elle nécessairement au cœur de toute politique légitime ? [Qu’on me pende si le professeur a une seule fois prononcé « exigence républicaine » dans le cours.]

Au total ? 19 copies doubles effectivement, 16 copies et ¾ exactement, 67 pages noircies. 5 bouteilles d’eau, environ deux douzaines de Pims’ framboise-cassis. Un prof de philo qui tente vainement de lutter contre le sommeil pendant les 3ème et 4ème heures de surveillance, et réussit à s’endormir, et à ronfler pendant 5 minutes lors de la 5ème heure. Une prof d’allemand qui ramène deux boîtes de Ferrero Rocher, auxquelles les ¾ de la classe ne toucheront même pas, mais qui seront tout de même consommées en 2 jours. Un prof de géo dont la sonnerie de téléphone indique les heures qui passent et se compose d’une synthèse de 4 (ou 5) chants de Noël. Un prof de français qui ramène trois boîtes de chocolats pour la dernière épreuve. Et un prof d'anglais, qu'on se demande s'il est pas névrosé - le jeu étant maintenant, quand nous recevons un texte à étudier ou à traduire, d'y trouver ZE problème relationnel, le coeur des relations conflictuelles.

Et maintenant ? Eh ben, je lis Harry Potter, j’écris les Beings, j’écoute Cold Play (Lovers in Japan) & Pink Martini, et je veux partir, vite.

Dec 13, 2008

Scrapbook #1

« The day I realized she was beautiful was also the day I began to feel like a puppet, with a soul too small for its wooden body, too lithe for its wooden limbs. That day she told me about reality, saying it was just outside the door, I asked her if I was real. She answered, ‘Yes, of course, dummy. We are all real. Why wouldn’t you be?’ I turned away. »

Je lis CLAMP [Tsubasa Reservoir Chronicles & xxxHolic]. Je mange des poivrons rouges, des clémentines, des chocolats. J'écris un peu n'importe quoi. Je voyage en esprit: à NYC, à Frisco, au Japon - et des endroits où il n'y a personne. J'essaie d'apprendre à comprendre la calligraphie des veines, même si mes mains sont de plus en plus souvent froides. J'ai envie de de danser dans la neige. Je rêve de beaucoup de choses, je construis des mondes, je parle à des absences, je discute avec des fantômes. Je pense à [lui]. Je note ce que j'entends, les bouts de conversation saisis au vol. J'en fais des 'scrapbooks.' Je ne me sens pas de réviser.

Et j'ai commencé le rite khâgneux du Concours Blanc ce matin, avec 5h de géographie.

Dec 6, 2008

comptine d'une après-midi d'hiver [vrac]

Les journées d’hiver s’enchaînent, sans neige, en tourbillons disloqués. Le froid aplanit tout, lisse les surfaces, écrase les volumes – tout en ne retenant que quelques points de couleur qu’il dilate, pour masquer la nudité et l’étiolement du reste.

Les réminiscences pêle-mêle de cette semaine : les croissants de lune le soir, le rituel du jeudi soir, les clémentines – et puis les invités du vendredi soir, après 9h30 de cours, les éclats de rire et les pics de fatigue. J'apprends le froid et l'irrésistible envie de se fermer que les paupières ont toujours au mauvais moment.

Et puis les macarons [chocolat, citron, framboise] qu’on mange sans réfléchir, les arômes de chocolat chaud et de cannelle, les ongles qu'on lime le soir en écoutant Gershwin [Rhapsody in Blue].

Le salon de la maison face à ma fenêtre semble être une alcôve, une avancée circulaire du mur. Les fenêtres sont de taille moyenne, et à présent, quelques lumières – un petit point orange qui ne vacille pas – les entourent. Je crois qu’on peut même voir un sapin à l’intérieur.

Enfin, ce matin – pause coiffeur. J’aime ce petit salon – à présent entièrement décoré de rameaux de sapin et de boules argentées. Les odeurs, dont celle de la laque, y sont particulières – douces, apaisantes, familières, réconfortantes. Je suis revenue chez moi à pied, profitant d’un ciel encore dégagé, d’un bleu ténu et presque cristallin. Crochet par la boulangerie [Banette Legrand].

En fait, j’aimerais être une de ces danseuses minuscules de porcelaine qu’on trouve dans les boîtes à musique – vous savez, ces boîtes qui, quand on les ouvre, laissent échapper une mélodie presque obsédante, et la danseuse, pendant ce temps, tourne sur elle-même dans le velours rouge de la boîte. Voilà, une danseuse de porcelaine qui a toujours dans la tête les airs d’Amélie Poulain.

Note to self – and to the a.a.: fine. I’ll stop talking about [J]. But it’s still killing me inside.

Dec 1, 2008

Avoid the eyes

[It's as simple as one two three
As simple as that.

And I wish I could tell him everything
Everything that's on my mind.]



Ce week-end, ce fut les crêpes, et puis la catabase dans Nerval. Je dis bien catabase, car il me semble que dans les Chimères, sourd une lutte terrible contre la mort. Mais pas la mort habituelle - plutôt la mort qu'est la folie médicale, cette dépossession de soi-même. Voilà pourquoi Nerval refusait d'être fou, ou du moins, refusait de voir sa poésie comme le produit de sa folie. C'eût été nier sa propre capacité à écrire, son propre talent.

Ce fut aussi le week-end de résolutions, sensées ou non, afin de cesser d'étouffer, de pouvoir respirer un peu plus. Créer un espace où les perspectives puissent insuffler un peu de vie dans ce sang qui se fige un peu trop vite, afin qu'il aille irriguer les plus fines veinules, amplifier les moindres sensations. Tout est dans le 'un peu' - jamais de superflu (car ce corps qui prend déjà trop, trop d'espace... et ceux qui disent le contraire ne comprenent pas sa géométrie particulière).

Je ne supporte pas de laisser tomber. Ni les choses, ni les gens. Mais parfois, il faudrait apprendre à échouer. Ou plus exactement, à s'échouer. Se décevoir soi-même pour rendre tangibles à ses yeux ses propres limites. Et faire l'expérience d'un oubli interne, s'échouer sur une grève inconnue ou oubliée de l'esprit, afin de se reposer quelque temps. Je reprendrai jeudi donc, les mains un peu tremblantes, le regard un peu noyé. Le froid de la nuit, les étoiles comme des points de diamant parmi les sapins, tout cela se chargera assez bien de mettre un peu de baume si les plaies se sont rouvertes. Et info pour les abonnés sarrasins: les ambulanciers ont commencé à allumer les lumières de Noël à partir de 17h. Et moi, j'ai envie de crêpes, de Nutella, et d'allumer une bougie sur le rebord de la fenêtre, en attendant minuit, et la lune.

Nov 26, 2008

theaters


la neige se veut tenace - s'agripant aux recoins sombres du jardin.

mais en vain - le jardin est revenu à sa couleur d'un gris-vert sale. ses imperfections qui avaient été dissimulées par la neige résurgissent à présent, cicatrices séchées. et les roses se sont brisées comme du verre.

il y a encore le problème de ta voix, de ton odeur. je ne sais toujours pas quoi en faire - les mettre dehors avec le reste, ou les laisser quelque part sur l'étagère, entre les matinales et débarcadères.

les bijoux qu'on laisse sur la commode, nina ricci, le sable de monterey (ta voix, ta voix) et puis les musiques qui s'entrechoquent, un tintement distrait: gershwin, satie, brubeck, et puis arrangement pour piano 4 mains de rachmaninov de la belle au bois dormant de tchaïkovski. j'ai eu envie de regarder les aristochats.

les goûters ces temps-ci: chocolat chaud, pâte d'amande, mandarine. je fais dans la miniature, voire le minimalisme, une orfèvrevrie du temps en somme. commencer une calligraphie des corps. (even if that body takes up too much space - that awful, clumsy body.)

"Anyone who has ever seen anything happen on a stage – anything – knows that a theater is so full of magic that after years and years of opening nights there must be magic enough to last forever in its walls."

(Clin d'oeil to my Hopper friend. Cynthia Rylant, The Van Gogh Café)