May 30, 2009
The Fine Line
May 21, 2009
Women and Writing?
May 10, 2009
Le silence en archipel
Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.
R. Char, Commune présence
Sujet de culture générale pour vendredi. Un peu d’air frais dans les devoirs de la prépa.
Il m’arrive parfois, quand je suis enfin seule chez moi, de reprendre Nedjma, ou Char, ou Supervielle, ou TS Eliot, et de lire à voix haute. Lire un même poème encore et encore, jusqu’à pouvoir prédire les pauses, les enjambements, les souffles, jusqu’à le connaître presque par cœur. J’ouvre la fenêtre et je laisse les volets entr’ouverts, histoire de laisser le vent entrer, et la timide chaleur. Il y a le torrent incantatoire de Nedjma, où chaque image hypnotique en appelle une autre et dont le rythme est celui de la vie, de la mer elle-même ; les aphorismes de Char qui s’égrènent, goutte à goutte, avec des espoirs de chaleur et des hallucinations de rivière ; les vers de Supervielle où tout prend une dimension cosmique lorsqu’on les lit à la tombée du soir ; TS Eliot enfin, qui convoque tout un monde, faisant entrer en collision les parfums à l’ancienne et la décrépitude du Waste Land moderne, l’odeur de la pluie et de l’orage qui approchent et la sècheresse du rocher rouge où il n’y a pas d’ombre, et où les oiseaux parodient les bruits des cascades.
J’en suis réduite à voyager ainsi – mais loin de voyages par procuration, ceux-là sont bien plus indicibles et cosmiques que ceux qu’on peut effectivement réaliser. C’est presque trop facile désormais de partir physiquement (et j’ai bien dit presque – qu’on ne me reproche pas de ne pas nuancer).
A se demander si les Transparents existent encore de nos jours.
Apr 14, 2009
Bientôt
Mar 5, 2009
Guldentop: fantôme familier
Toutes les vieilles maisons devraient avoir un fantôme familier. Celui de Missembourg, maison d’enfance de la narratrice-enfant, s’appelle Guldentop. Il ressemble tantôt à un vieux paysan, qui souffre de ses ramatisses, tantôt à un bel homme, grand et blond – tout dépend de qui le voit, et la vision d’une même personne peut évoluer au fil des années. Les fantômes ont cela de pratique qu’ils sont une enveloppe vide et acceptent plus ou moins toutes les formes.
Ce qui confirme l’excellence de l’écriture de cet écrivain belge, ce sont les descriptions, la finesse du style. Enfant, elle n’alla jamais à l’école – elle vécut entre des parents ‘demi-dieux’ et le ‘jardin-roi’, puisant dans la nature et le Télémaque, ainsi que dans le savoir immense de ses parents, son propre savoir. Cela se voit dans la manière même d’employer la langue : elle a grandi en enfant bilingue, entre le français et le flamand – cette dualité n’est pas sans quiproquo et calembours, dont elle exploite d’ailleurs complètement la valeur poétique – et elle peut d’autant mieux le faire qu’elle n’est qu’une enfant lorsqu’elle confond un mot pour un autre. L’inexactitude lui offre des révélations inouïes : ainsi, le mot flamand Boomis, qui signifie ‘automne’, mais qui, découpé, veut littéralement dire ‘la kermesse de Saint-Bavon’, est interprété comme la ‘messe des arbres’ – et toute une description grandiose des sacrifices végétaux pendant cette saison s’ensuit.
Le livre se compose de fragments – pas assez longs pour constituer même une nouvelle, mais assez pour mimer cette mémoire vagabonde, qui se laisse entraîner par un mot, une expression, quelques notes de musique ou un parfum. L’écriture n’en est pas, pour autant, aléatoire ou décousue : elle tend à effacer la chronologie, réduisant les indications temporelles au minimum. L’insertion d’anecdotes, les digressions ne semblent pas artificielles : elles ont toujours une raison d’être, qui sous-tendent le propos, viennent fortifier l’existence de Guldentop et sa quête de son trésor. Le livre se concentre sur l’enfance de la narratrice – mais dans une sorte d’épilogue, une prolepse nous la fait apparaître grand-mère, confrontée à un dilemme – dilemme dont elle ne sortira pas sans hésitation, mais qui tournera toujours à la faveur de Guldentop : sans doute est-ce sa manière de nous montrer combien les choses sont cycliques, combien le temps finit par tout régénérer. C’est dans cette optique qu’on peut comprendre le titre ‘Guldentop pardonné’ pour l’épilogue : pardonné par qui ? pour quoi ? [La deuxième question n’est pas bien difficile – car Guldentop était un personnage peu recommandable semble-t-il en son époque.] Peut-être bien n’est-il pas pardonné, lui qui désespérait de retrouver son trésor et d’entrer au Paradis – mais la condamnation de rester à Missembourg en quête du trésor ne semble pas le pire des fardeaux.
C’est une douce nostalgie qui berce l’écriture de Marie Gevers – celle d’un temps peut-être (peut-être ?) révolu – mais l’écrivain ne tombe jamais dans une mentalité passéiste, voire réactionnaire. Certes, elle souligne toujours sa préférence envers le mystérieux, l’insaisissable par rapport au rationnel, au technologique (qu’on en juge par l’épisode du calorifère, ou même celui de l’épilogue), certes elle déplore la disparition de certains coins de campagne au profit d’une ‘ligne de chemin de fer’ – mais cette nostalgie s’accompagne toujours d’une certaine confiance en l’avenir – confiance alimentée par cette conception cyclique de l’univers. Et c’est ce qui fait le ‘roman’ si vibrant, si solide, et si touchant.
Mar 2, 2009
La Comtesse des Digues
Je dis bien presque – car rester dans un pays régi par l’eau comme l’est celui où vit la Comtesse des Digues m’étoufferait. Aucun horizon là-bas, aucune possibilité de fuite, car précisément, tout le paysage se distend en horizons, se déverse pour mieux se perdre en lignes de fuite. Et puis l’eau ! Suzanne – la Comtesse susmentionnée – le reconnaît assez bien elle-même, puisqu’elle sait que l’Escaut est roi en ces terres. La Comtesse des Digues – et avec ce roman, tout l’univers flamand que décrit Marie Gevers dans ses romans – est bien la représentation stylisée d’un monde où entrent en collision et en résonance fleuve, lune et marées, pluie et champs, osier et argile – gigantesque diapason où tout se doit de s’accorder au fleuve omnipotent.
Même la mer – l’océan – ne serait pas aussi opprimante. Et que dire de la montagne ? Dans ces deux paysages au moins, la promesse d’une échappatoire, la possibilité de respirer sans assujettissement. Je regrette, Suzanne, mais vous ne m’avez pas transmis votre amour pour l’Escaut, pour un pays noyé, alourdi par les alluvions et la glaise.
Vous m’avez transmis autre chose – peut-être bien plus à mes yeux : le sens du détail, et la recherche d’une harmonie – à tout niveau que cela puisse être – qui n’a que faire des conventions extérieures et préexistantes.
Tout d’abord ce goût pour les détails : votre démiurge, Suzanne, qui se nomme Marie Gevers, a un don incontestable pour les descriptions, et en particulier le maniement de la lumière. On sait bien que l’eau réfracte la lumière – et il semble que l’écriture est au cœur d’un prisme mouvant, qui happe toute lumière pour la décomposer en arcs-en-ciel. Même la non-lumière, grise et vitreuse, des journées de pluie incessante, est filtrée de la même manière, de façon à devenir poreuse, nacrée, presque aérienne, et à finir toujours en bruine – toujours la décomposition en eau. Les descriptions des beaux jours sont toujours liserées de l’eau – rosée, chaleur humide, tout s’orne de perles, de gouttelettes. On parle des foins, de l’osier, des vanneries, même de la terre, pour éponger l’humidité ; mais cet apport d’un faux-semblant de sécheresse n’est là que pour mieux mettre l’emphase sur la nature aquatique de ce pays. Ne vous méprenez point cependant – ni l’écriture, ni l’histoire, ni le pays ne sont dégoulinants – ils sont juste faits d’eau, et à ce titre, toujours prompts au mouvement. C’est là qu’apparaît une des tensions du texte : Suzanne, à la mort de votre père, ce Comte des Digues farouche et, il fut un temps, presque redoutable, vous rêvez de partir, et cet appel meut un bon nombre de personnages ; mais en fin de compte, vous revenez tous – ou décidez tous de rester. L’enracinement à cause – ou grâce à – la mobilité, ou du moins le désir d’un ailleurs : voilà la tension, qu’on peut éventuellement résoudre dialectiquement, car c’est le mouvement qui vous fait comprendre, Suzanne, qu’il vous faut rester. Vous n’avez pas d’ailleurs, vous qui vous donnez allègrement à ce fleuve que vous aimez réellement, comme une femme peut aimer un homme ; vos rêves se trouveront contenus dans ces digues et cette eau que vous connaissez si bien.
Et de là part et mon enthousiasme et mes reproches. Vous repliez autour de vous, Suzanne, votre solitude un peu altière de princesse – votre famille vivant un peu à l’écart des autres du village, ou même des proches ; vous aimez à vous promener, vous vivez en parfaite harmonie avec les éléments ; et pourtant ! pourtant ! Vous n’oserez pas vous dérober complémentent aux conventions. Car il faut ici préciser que votre histoire est double. La première raconte celle d’une jeune fille qui, à la mort de son père, le Comte des Digues chargé de la surveillance des digues, va devoir reprendre le flambeau du paternel et se battre pour se faire admettre comme Comtesse des Digues. Comme votre père, vous connaissez mieux que quiconque les schorres entre l’Escaut et le Vieil-Escaut ; comme votre père, vous êtes méticuleuse, à en devenir maniaque, et tous les jours, vous partez à pied le long des canaux, vérifier les réseaux. Lorsque votre père meurt, vous songez un instant partir – mais vous comprenez vite que votre place est ici, Comtesse – car si vous partiez, qui ferait aussi bien le travail que vous ? Votre combat relève donc plus ou moins d’une tendance féministe, et de ce combat, vous ressortirez en vainqueur.
Mais la deuxième histoire n’est pas exactement la même. Vous êtes Comtesse, femme d’affaires qui tient les registres, naturaliste et farouche, élevée au Télémaque – mais vous êtes aussi très jeune – à peine sortie de l’adolescence, semble-t-il, et vous avez encore tout à connaître de l’amour. Vous ne vous êtes jamais posée la question, et on ne vous a jamais parlé de ce que pourrait être un mariage – qu’il soit d’amour… ou d’intérêts. A la mort de votre père, on commence à poser des questions ; et vous vous trouvez naturellement une inclination vers l’associé de votre père, le ‘grand, beau Triphon’ [à en lire la description, nous n’avons peut-être pas les mêmes goûts, Suzanne, ‘soit dit en passant’] qui semble vous aimer aussi et qui incarne l’Escaut – fauve, séducteur, maître de lui-même – mais il n’est que l’associé de votre père, et toute la bourgeoisie familiale se dresse contre cette union. Oh, il y a bien Monne, le brasseur, que votre tante calculatrice vous présente, mais il est lourd, paillard, vulgaire – il préfère le cinéma à l’Escaut, l’auto aux promenades le long des rives. Et bien entendu, ce n’est que lorsque Triphon est envoyé en Angleterre que vous vous rendez compte que vous l’aimez – et que vous ne l’aimez plus. Car Triphon change au fil du livre – pour vous plaire, il s’habille en monsieur, et quand il vous croit absente, fait des blagues grivoises. Ce n’est plus Triphon-Escaut à la fin du livre, c’est un autre – peut-être un peu par votre faute, Suzanne, car vous ne vous êtes pas réveillée à temps.
Dès le début du livre, se dresse aussi Max Lantrix. A vrai dire, je l’ai tout de suite mieux aimé que Triphon : on perçoit en lui une décontraction à la limite de la désinvolture, de l’insouciance pour ce qui est des conventions, une distance critique qui lui donne une auréole aigre-douce. Il aime l’Escaut, les digues, l’osier, la musique, les promenades, il pourrait vous convenir, Suzanne, et il est issu d’une famille bourgeoise, il pourrait convenir à votre famille, même si votre tante estime qu’il est « à demi-toqué » (il faut être « toqué » pour vouloir se promener le long du fleuve !). Mais vous lui préférez d’abord Triphon, surtout lorsque celui-ci part en Anglettere – et y rencontre sa femme. Et malgré ce mariage, Triphon vous aime encore, et vous êtes encore attirée par lui – mais vous ne pouvez vous résoudre à céder : comme votre père, vous n’avez jamais trompé personne, et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer. Pourquoi n’avoir pas tout de suite dit ‘oui’ à Triphon, avant même son départ ? Parce qu’il n’était pas de votre monde ? Vous secouez la tête, en disant que vous étiez amoureuse de Max aussi – mais il est très possible que certaines assertions bourgeoises à ce niveau, à force d’être martelées, se soient imprimées dans votre inconscient. Finalement, vous choisirez Max – et vous l’aimez sincèrement, je n’en doute pas – mais Suzanne, vous n’êtes pas Madame Orpha (votre ‘petite sœur’ pourrait-on dire, héroïne du roman éponyme de Marie Gevers qui sera publié deux ans après), vous n’êtes pas votre cousine, Marieke – et vous n’avez pas osé choisir Triphon avant que tout ne soit trop tard. On a parfois l’impression que Max reste la solution par défaut – au cas où – la solution qu’on a choisie après coup. Même si j’aurais, comme vous, choisi Max – que je préfère de loin à Triphon (qui fait un peu brute de décoffrage quand même), car Max a des allures de poète – nos choix ne se basent pas sur les mêmes raisons. J’aurais choisi d’abord Max ; vous l’avez choisi en fin de compte, par sécurité. Et une fois le mariage conclu, vous revenez à votre premier amour, l’Escaut, accompagnée de celui qui comprenait la valeur des éléments, mais vous vous enliserez vite dans la maternité…
Ne vous méprenez pas, Zelle Zanne, comme on vous appelle : je ne vous blâme pas. Le titre reste La Comtesse des Digues – et non Suzanne Lantrix – soulignant, peut-être, la prépondérance de votre combat à caractère politique sur vos amours. Vous serez la première Comtesse ; et vous avez fait le bon choix en amour, même si je persiste à remettre en question vos raisons pour ce choix – mais Marie Gevers aura tôt fait de réparer cela, avec Madame Orpha. Mais, comme vous le dites si bien pour clore le livre, Suzanne – restez toujours ainsi, dans toute la pureté que vous confère votre amour pour l’Escaut.
Car même si je ne pourrai jamais vivre dans les Flandres, j’aurai plaisir à les traverser et y retrouver les mots de Marie Gevers – peut-être même m’y attarder quelques jours afin de converser avec votre fantôme.
Feb 26, 2009
Nedjma, Delfica et autres fantômes - 1
A Kateb Yacine, par exemple. Prémices de fraîcheur…
Feb 23, 2009
L'Ecume de nos jours
Pour résumer, la vie, c’est l’amour, et c’est la musique. Pas n’importe quelle musique, direz-vous : celle de la Nouvelle Orléans, celle qui peut exprimer toute la palette des sentiments humains, celle qui est véritablement soul et blues car elle sait refléter la moindre nuance de l’âme humaine et l’âme humaine est un morceau de ciel bleu.
Le jazz, et plus généralement la musique, innerve l’Ecume des jours. Chloé, la fille dont Colin tombera follement amoureux, porte le même prénom que le titre d’un morceau de ‘Duck Ellington’. Alise, l’autre fille dont Colin serait tombé amoureux, n’eût-il pas rencontré Chloé, peut faire penser à l’Elise de Beethoven. – Et que dire de la ‘musique’ dans le poumon de Chloé, musique funeste de nénuphar ? Dans le rythme même des phrases, on en vient à voir un air lancinant de jazz – effréné tout d’abord, puis de plus en plus syncopé, suivant la progression du livre – on passe du swing au blues.
Mais l’archange parle mieux que moi de musique. Alors je vais essayer de parler de l’amour – si je me souviens un peu, dirait Cabrel.
Ce qui frappe d’abord, c’est la pureté des personnages. Ils ne peuvent pas vieillir, que ce soit leur corps ou leur âme. Ce sont à peine des adolescents, et aucun n’a eu le temps de devenir désenchanté. Colin veut tomber amoureux, on ne lui a jamais dit que le grand amour, ça n’existe pas, et il va rencontrer ce grand amour, en la personne de Chloé, oiseau dans sa cage, d’après le motif même de sa robe.
En parlant de cage, c’est le motif de l’enfermement qui revient toujours dans le livre. La robe en forme de cage, le nénuphar qui se ramifie dans le poumon de Chloé, et au fil des pages, la maison qui se rétrécit, sombre et marécageuse, le ‘travail’ que Colin cherche – il ne trouve que des labeurs qui sapent sa vie, de véritables sangsues – et par extension la société même, absurde, vorace, monstrueuse et belle, onirique, surréaliste tout à la fois, et puis les flammes qui dévoreront Alise dans la librairie, le fantôme de Jean-Sol Partre qui emprisonne Chick et finira par le plonger dans l’obsession et la mort, et la souris enfin, dans sa tentative de suicide grâce à un chat qui veut compatir mais ne comprend pas bien.
En fait, l’Ecume des jours finit bien, dans le sens où cela ne pouvait finir autrement. Les personnages principaux sont trop beaux, trop idéaux pour vivre longtemps dans un monde tentaculaire. En refermant le livre, on a même envie de souffler à Colin : ‘Jette-toi dans le marécage. Rien ne peut plus arriver maintenant.’
Au moins, Colin et Chloé, là-bas, ensemble à nouveau. Et ici, tout ce qui reste : la plainte d’un saxophone – ou un chœur de onze petites filles aveugles – qui chante l’amour, la musique, pour qu’on se souvienne.
[L’Ecume des Jours – well, it’s like a brightly colored butterfly – but we do not really know whether it’s a shimmering cherry blossom or a butterfly. It is the dream of the man who flies like a butterfly and who eventually, high above the clouds, is drained of all his self, and begins to wonder which ancestors he could claim.
To sum it all up, life is about love, and about music. But not any music – the one from New Orleans, the one that can express the whole palette of human feelings, the one that is truly soul and blues as it knows how to reflect the merest nuance of the human soul, and the human soul is a piece of blue sky.
Jazz, and on a more general scale music, innervates l’Ecume des Jours. Chloé, the girl Colin will fall madly in love with, has the same name as a music piece from ‘Duck Ellington.’ Alise, the other girl Colin would have fallen in love with, had he not met Chloé, can make us think of Beethoven’s Elise. – And what about the ‘music’ in Chloé’s lung, the fatal water-lily music? In the sentence rhythm itself, we come to see an insistent jazz air – frantic at first, but growing more syncopated at every page, as it follows the book’s progression – from swing, we dive into blues.
But the archangel knows better than me how to talk of music. So I will try to talk about love – if I remember some of it, Cabrel would say.
What is striking at first is the characters’ purity. They cannot grow old, be it their body or their soul. They have just come out from teenage years, and none has had the time to grow disillusioned. Colin wants to fall in love, no one has ever told him that the ‘love of one’s life’ does not exist, and so he will meet the love of his love, in the person of Chloé, bird in her cage, as is pointed out by the very pattern of her dress.
Talking of cages, the theme of entrapment that relentlessly comes back in the book. The cage-shaped dress, the water-lily that branches into Chloé’s lung, and, page after page, the house that grows smaller and smaller, darker and more swamp-like, the ‘work’ that Colin looks for – he only finds toils that drain him of his life, real leeches – and by extension society itself, absurd, voracious, monstrous, and beautiful, oneiric, surrealistic all at once, and then the flames that will consume Alise in the bookshop, the ghost of Jean-Sol Partre that traps Chick and will eventually plunge him into obsession and death, and last the mouse, with her trying to suicide herself with the help of a cat who would like to sympathize but who does not really understand.
In fact, l’Ecume des Jours ends well, in the sense that it could not end in any other way. The main characters are too beautiful, too ideal-like to live – to last – long in a tentacular world. Upon closing the book, we almost want to whisper to Colin, ‘Go on, jump into that swamp. Nothing can happen anymore.’
At least, Colin and Chloé, over there, reunited. And here, what is left: the complaint of a saxophone – or the chorus of eleven blind little girls – that sings of love, of music, so that we may remember.]
Jan 18, 2009
So there.
Jan 17, 2009
Cascabelles et Mississippi
Ici, la neige a disparu depuis longtemps, mais le froid persiste en demi-teinte. Bien sûr, il ne fait plus -5° mais la terre ici a encore besoin d’un peu de gel. Eliot l’a bien dit : « April is the cruelest month of the year, breeding lilacs out of the dead ground… », avec la voix rauque et traînante. La pluie a tout balayé, mais n’a apporté même pas un semblant de ‘chaleur’. Cet après-midi, le soleil est là, avec du vent, et tout le jardin est constellé de gouttes d’eau. Je n’ai jamais ressenti un tel besoin de printemps, si fort et si précoce. J’ai peur que le Prunus ne refleurisse pas, et j’ai peur que le printemps n’arrive pas assez vite. J’ai envie de crier que je me sens vidée, incapable de continuer, que j’ai besoin d’un nouveau souffle, et vite. Encore le désir de partir, pour tout laisser de côté. En écoutant Cabrel, l'envie d'aller faire un tour vers la cabane du pêcheur.
En attendant l’équinoxe, on tente un hiatus avec l’écriture.
We’re reading Faulkner, As I Lay Dying, and I can’t help seeing a reflection of one’s soul in it. The tale of the slow, insidious shattering of a family after the mother’s agony and death, As I Lay Dying is told in a strictly polyphonic manner, and the seemingly obvious reality of the Mississippi county is eventually caught in a spiral of questions as each character’s subjectivity, sometimes going as far as solipsism, emerges and asks to be considered as an authority.
The departure of one member of the family is enough to unravel the other characters’ frantic thoughts as the mother was probably the only thing holding them together. In this respect, the departure of the mother implies the appearance of family secrets that give at least a partial explanation to the latent tensions. Jewel was his mother’s favorite – her ‘gem’ – but all along, he is thought to be the most uncaring, insensitive child: the jewel’s beauty, conceived in adultery, is coupled with a violence that the young man will never be able to shove aside completely; but he does prove the gossiping neighbors wrong when he is the one, at the end, who rescues the mother’s casket from the barn fire. Dewey Dell, after dealing with her mother’s death, has to deal with another life that she did not want to see appear: the result of her relation with Lafe, a relation she tries to keep secret but which she suspects Darl has already guessed the existence of. Darl, her older brother, probably knows many things, as is indicated by his having the most sections in the book, though he is rarely present as something more than a silhouette. He is the one that has the most acute eye for details, the most prone to speak a poetic faulknerian language, even though he is no more educated than the others. He is the one we are led to trust as the most reliable narrator, and he is the one who will become crazy in the end.
One of the striking features in this novel is the discrepancy between the uncouthness of most characters and their ability to put into words – even if it’s nothing more than some confused gibberish – the sensations they get from watching the landscape, or witnessing the situation. This discrepancy is coupled with another one between the characters’ poetic capacities and their complete inability to communicate among each other – excepting, to some extent, the communication ‘without the words’ between the three siblings Dewey Dell, Darl and Vardaman, who almost become ‘twins’ in the way they express themselves when possessed by the identification with their dead mother. When most characters have to exchange information, their words are stripped down to the barest minimum, leaving almost skeletons of words that mirror, in a Shakespearian reminiscence, the influence of a barren, overpowering landscape on the characters that are mere prisoners of the wider drama of the elements.
But of course, there is no need for suspension of belief, or any novelist trick like that – what Faulkner aims to show here, among other goals, is that even though people seem to be unable to use the normal, everyday language to communicate and, more importantly, express themselves, that does not mean they are not able to ‘enjoy’ a wide spectrum of sensations and/or feelings that they can word into their own language (which does not necessarily pass through words).
All this to say that the novel almost vibrates with a kind of desperate energy, desperate to grasp the true essence of humanity, one that would go beyond any philosophical systematization, one that would prove that fiction is a perfectly relevant way to consider what it means to be human, ‘too human,’ would have said Nietzsche.
Jan 4, 2009
Solitude Standing
Je nage en pleine crise. Les Beings se dérobent à qui mieux mieux, et je saisis maintenant les migraines dont peut souffrir un démiurge face au problème épineux de la création d’un Mônde. En plus les gens réclament un nom, quelque chose qui leur convienne. C’est qu’ils ont de ces exigences… Celui qui croyait que les avoir créés était raison suffisante pour les contrôler entièrement devait avoir sacrément picolé la veille. Je ne sais même plus en quelle langue je devrais écrire.
Je me suis racheté des cartes postales pendant l’après-midi resto-ciné avec A. Il faisait froid dans les rues de Valenciennes. Puis, de retour à la maison, la famille d’un ami à mon frère était là. Et quand eux sont partis, le ciel était noir, avec des reflets orange, et le ciel neigeait.
« Il y avait un grand vide, dans lequel une épine était fichée, et puis le vide saignait. »
Un vrai mois de janvier, tout ce qu’il faut de stérile, de gelé, de morne. Même pas une montagne ou deux pour purifier l’atmosphère.
Et puis il y a tout ce que j’ai à faire aujourd’hui et que je ne ferai pas. J’ai envie de croire encore (un peu) à l’infini.
« Après tout, on a beau connaître les bouquins, eux ne nous connaîtront jamais. »
C’est sûr qu’ils ont besoin d’être lus pour exister, mais ils n’ont pas besoin de nous singulièrement. C’est ça qui est un peu triste, dans la lecture. Le livre s’offre, mais il ne s’offre à personne en particulier. L’auteur écrit, il écrit pour nous tous, mais jamais pour nous en particulier, jamais pour nous qui apportons notre lot de qualités et de défauts, notre paquet de chair, d’os et de sang. Le vrai amour des livres est totalement désintéressé et sans retour. Eux sont en revanche dûment intéressés, nous pompant la vie jusqu’à la moelle, jusqu’à ce que la signification de ‘vie réelle’ nous échappe.
C’est ça, ou presque. Car on s’habitue à ces êtres légèrement vampiriques, qui donnent la même réponse, sans tenir compte de l’identité de celui qui a posé la question. On s’habitue aux fantômes turbulents d’auteurs et de personnages, qui finissent par apparaître en décalqué sur ce qui se passe autour de nous. Même chose pour les mythes, les légendes. Là-bas, avec les autres, on rit de ces croyances superstitieuses ; mais ici, quand il n’y a personne, on les cherche toujours, espérant les apercevoir.
On n’a qu’à aller casser quelques miroirs, histoire de confirmer la présence de ce « jinx » ; puis on ira écouter Lovers in Japan en attendant que le temps passe.