Jul 19, 2008

Carnets

J'aurais voulu avoir des yeux plus clairs, être tout en lumière translucide afin que tu puisses saisir quelle flamme, quelle étincelle de vie brûle encore en moi. Dans mes yeux ne se meuvent que des ombres fatiguées: elles ne sont pas d'un ébène voluptueux mais d'un vert-de-gris qui aimerait bien pouvoir mourir.

*

Les plaies de l'amour déçu se soignent au sable et à l'eau de mer, face au bleu, pour ne plus faire qu'une avec la douleur, et enfin sourire.

*

Dans le creux de mes poignets, le parfum des jours passés en bord de mer somnole.

*

Devant ces cathédrales de silence, je m'étrangle un peu puis reprend mon chemin, débarrassée de tout, hormis cette guêpe qui bourdonne de temps en temps dans la mémoire.

*

Je me nourris d'espoir, de virtuel, de solitude.

Jun 14, 2008

Feuilles
(by Hachi and Bamboo)

Je les observais choir. Sur chacune d’entre elles s’attardait mon regard : abandons de Juillet.

Sous la chaleur dormaient, tapies,
Les rumeurs d’un automne aigri.

Leur humeur rougeoyait, prisonnière du brasier de cette friction saisonnière.

Ce remous des étincelles – la vérité
Bruissait comme l’aile d’un oiseau inquiet.

Il y avait de la religion dans ces murmures ; croyance première qu’on pensait perdue.

Mon cœur s’effeuille à l’autel de tes soupirs –
Tristes écueils où se noient mes souvenirs.

Ce passé brumeux, sous ce ciel écrasant où tournoient pensées et secrets, m’oppresse d’un rouge froid.

Promesses fuyantes et regards tremblants :
Eau noire scintillante au Lac des Amants…

O Ondes enrouées qui chantent ma perte, revenez percer ces nuages de Juillet !

En vain. Chant de cygne aux accords las, mineurs…
Ne me fais plus signe, que j’oublie mes pleurs.

Larmoyant adieu d’un appel sans réponse, j’implore ta candeur estivale.

La plainte s’effiloche en veines mordorées :
Mille cristaux de roche en mouvances moirées.

Les ombres s’évaporent, Juillet bourgeonne, on entend les rires d’Echo.

Ta voix, stellaire diapason,
Sur mes lèvres – et ce frisson…

Jun 9, 2008

Aigues-Mortes

Aigues-Mortes


Au-delà des terres de Grande Soif
Se trouvent tes yeux suspendus.

Encre de Chine sur ciel-buvard
Parcheminé,
Froissé et délavé

Par endroits.

Des vols d’oiseaux monochromes
Déchirent sèchement le silence,

S’effacent dans le soleil blanc
Et le vide

Se fige à nouveau
En natures mortes.

Pardonnez mon laconisme –
Mon mutisme –
Ne se rompt qu’à grand-peine :

J’avais l’habitude de renaître
Dans l’eau de ces yeux.




(Je n'ai plus l'habitude d'écrire en français... je réapprends...)

Jun 4, 2008

Boris Vian : les fractales du jazz

Bebop aime les cocktails sucrés du Harlem
Orchestra Bar ; Bebop vit pendant l’heure bleue,
rythme de la ville qui s’éveille, moirée,
irisée sous ses pavés ; Bebop connaît chaque
secret des persiennes qui cachent pianos et
violons efflorescents ; Bebop se fout de son
identité, toujours d’ailleurs ; Bebop est
Amoureuse, Bebop est belle, et dans les rues de
New Orleans, Bebop pleure.

En HK, on fait inévitablement des rencontres décisives. La première s'est produite dès le premier jour: une archange qui faisait un stop prolongé sur Terre. Une archange violoncelliste, qui s'appelle Hachi et qui aime Boris Vian et Henri Michaux. Alors forcément, quand vous connaissez les archanges, vous avez même l'occasion de rencontrer des morts. Ainsi, Hachi m'a présenté Boris Vian (ou Vernon Sullivan, pour les intimes). J'avais déjà quelques notions préalables. Boris Vian: ce fou qui faisait de grandes fêtes, qui a écrit 'Monsieur le Président' (chanson interdite donc intéressante), et L'Ecume des jours, roman très beau et très triste (dont je n'avais lu que des extraits).
Et l'archange m'a fait prendre conscience de la profondeur effrayante-zet-abyssale de mon ignorance. Moi qui me prétendais amoureuse de poésie, de jazz, de Beauté, je n'avais pas lu Boris Vian... J'ai donc fureté sur le web et dans ma bibliothèque. J'ai appris que Vian était un surdoué intellectuel. Qu'il était tout autant poète que dramaturge, romancier que musicien. Qu'il était membre du Collège de 'Pataphysique. Que le jazz (ainsi que blues, bebop, tango, java, valse, etc.) constituait une partie intrinsèque de sa vie. Qu'il est lié à jamais à des grands noms, comme Duke Ellington, Miles Davis, Louis Armstrong. Que c'était lui l'inventeur du piano-cocktail (et autres). Qu'il maniait merveilleusement bien les mots, en inventant si nécessaire. Sa vie même fut poésie.

Il me faut rattraper le temps perdu. Le poème 'Bebop' est donc un modeste hommage à ce génie et à Hachi.
Merci.

May 31, 2008

Hypokhâgnie, récit d'une chute

Dimanche 25 mai.
Une sorte de brume opaque. "Le concours blanc... Kesako?"
Le réveil aux gros chiffres lumineux rouges.
21h59...

22h00.
En une seconde, l'éclair de lucidité prémonitoire. Qui sera confirmé par, au moins, les deux jours qui suivront.

LE CONCOURS BLANC EST UNE PIECE TRAGIQUE.

Lundi 26 mai. 8h00.
"x x x Qu'est ce qu'une autorité légitime?"
La machine infernale s'est mise en marche. Elle ne s'arrêtera que lorsque le Destin sera accompli, c'est-à-dire le samedi 31 mai, 12h00. Le fil se déroule, les engrenages sont bien huilés et ne recontrent aucune friction - rien n'empêche l'inexorable de s'accomplir.
13h00. "Au moins, c'est fini." On n'a pas encore vu la fin du tunnel.

Les épreuves vont s'enchaîner. Logique froide-zet-implacable qui écrase les êtres de chair et de sang, d'émotions que sont les acteurs.

Tiens, parlons-en justement des acteurs. Qu’ont-ils fait pour mériter cela ?
Bon, d’accord. Ils ont bien choisi leur destin – environ un an auparavant, ils s’étaient délibérément inscrits en 1ère Année de Lettres Supérieures, Lycée Antoine Watteau, Valenciennes. Certains étaient même venus de contrées si différentes (le Pays d’Oc !) pour cela. Mais ont-ils mérité cette Destinée pour autant ?
Aux mortels, cette situation aporétique ne peut sembler qu’illogique. Mais la logique des Mânes de la Prépa Littéraire ne relève pas de ce bas monde.

Alors, maintenant, le grand débat est de savoir …
*roulement de tambour*
Ce concours blanc s’inscrit-il dans une perspective cornélienne ou racinienne de la tragédie ?

Oui à la perspective cornélienne. L’intrigue ici est implexe – la tragédie du CB est un enchevêtrement de multiples tragédies. Chaque jour, chaque épreuve renouvelle la tragédie. Les Destins se croisent, sous la forme de ces redoutables Furies – les sujets de concours. Et puis les acteurs – divins, symboliques, ils révèlent à ces pauvres mortels que sont les lycéens la véritable condition d’Homme, cette condition tragique et sublime qui se heurte à la main du Destin…

Mais oui aussi à la perspective racinienne. L’intrigue est en réalité d’une simplicité effarante, déroutante : vous arrivez, vous écrivez, vous tombez, vous vous traînez jusqu’à la prochaine épreuve et le cycle recommence. Give me a dissertation or give me death. Dans ce cas-là, c’est give me a dissertation and give me death. Et les acteurs ? Ils ne sont pas divins, mais hommes ; ils ont une psychologie et doivent se dépasser dans la tragédie : voilà leur sublime.

Alors, pour dépasser l’aporie, Mimy La Souris proposait le théâtre de l’absurde : « où tout n'est que mots, parfois sans grand rapport avec l'acteur : sentiment d'irréalité face à sa copie, tissu de mots plus ou moins audacieux. Matière après matière, la dissertation apparait dans toute la splendeur de sa délicieuse absurdité, patchwork cousus avec des transitions en grand écart. » On y retrouve encore ce qui fait le sublime de l’Hypokhâgneux devant sa copie.

Sublime. Le mot est lâché. Les grands maux.
Le rideau s’est baissé samedi midi. Et la saga HK continue.

May 30, 2008

Bamboo & Co


Après une heure d'intense réflexion, je n'ai toujours pas trouvé comment faire une présentation originale. Donc on va faire tout simplement.

Here goes, folks. Enjoy.

Mon prénom: Héloïse; mais j'ai pas mal de nicknames: Bamboo (bien sûr), little miss blue, puss in boots, caporal crevette/mini chat plancton (merci Carôle!), pom pom girl, petit écureuil, Dory (comme dans Finding Nemo), Mia (comme dans Princess Diaries).

Je m'intéresse à peu près à tout - aussi bien les sciences que la littérature, les langues (surtout méditerranéenes et latines), la philo. J'adore lire, j'adore les mots. J'adore la poésie et j'écris souvent des poèmes, qui sont pour moi une sorte de catharsis. Je trouve souvent mon inspiration dans l'art, la musique en général (jamais sans un mp3) et le jazz/blues en particulier. J'aime les paysages, le soleil, les grands orages estivaux, les tropiques et les grandes villes, en particulier New York (I want to be a part of it...). Et j'aime les crêpes au Nutella.

Je suis capable de ressortir des pans entiers de scénarios de films (j'envisage une inscription à la Comédie Française si je ne passe pas l'ENS).
Et puis assez parlé de moi.